• PLAISIR

    La plupart des gens tendent par-dessus tout au plaisir. Nous sommes en effet créés pour le bonheur, et le plaisir y contribue...

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    Tous les plaisirs ne rendent pourtant pas heureux, car si certains sont bons, d'autres deviennent ravageurs pour soi ou pour les autres à qui on fait subir ses caprices. Quels sont les plaisirs que j'accueille dans ma vie, en moi, sont-ils humanisants ou hypertrophiants? Pour être libérateur, le plaisir demande la culture du don de soi pour ne pas rester au stade de l'égoïsme. Le bonheur provient de l'équilibre judicieux entre les plaisirs immédiats et le bien-être durable. Ceci suppose d'évaluer les situations, de se connaître, d'avoir la capacité à se projeter, à anticiper les événements. Je travaille mon jardin pour la satisfaction de la récolte qui suivra et le plaisir d'en faire profiter les autres. Même si mon blog est beaucoup moins alimenté qu'au début de sa création, je continue à y publier des articles pour apporter quelque chose qui intéressera ceux qui le lisent encore...

    Un "moi" suprême est en chacun de nous, en paix. Tout serait simple si la nature humaine était en tandem avec la nature spirituelle. Mais elles sont fréquemment en rivalité, et c'est en nous détournant de l'égo que nous parvenons à la communion au divin. Il ne s'agit pas d'anéantir notre esprit, mais de trouver un moyen, un lieu, où être en paix avec lui. Il est capital de ne pas idolâtrer le plaisir au point de se fourvoyer dans la spirale de faux-plaisirs auxquels nous sommes constamment invités d'adhérer par des publicités, sous prétexte de profiter "à fond" de la vie, alors qu'ils mènent hors d'elle! Le plaisir comme don de Dieu s'éduque. Il est le couronnement d'un désir qui apprend à partager pour se mettre au rythme de l'autre, un désir qui va jusqu'à l'abandon, la "démaîtrise", la vulnérabilité, l'humilité, l'Amour. Le plaisir "juste" nous dit quelque chose de la plénitude que nous sommes appelés à vivre dans l'Éternité et en même temps de la finitude de nos expériences terrestres... 

    Ce temps de Carême devrait servir à rejoindre Dieu. Ce qui Lui plaît, c'est que l'homme vive, qu'il habite cette vie qui lui est donnée, à travers son corps qui est l'expression de sa personne et le lieu du don de soi et à partir duquel on ressent ou on ne ressent pas le plaisir. 

  • AMOUREUX OU AIMANTS?

    Comme chaque année, ce 14 février, dit "la St Valentin", est le jour des amoureux, terme auquel je préfère "aimants"...

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    Il y a une différence fondamentale entre "aimer" et "être amoureux". Si j'en parle aujourd'hui, ce n'est pas pour être rabat-joie, mais parce que j'assiste à trop d'échecs dans les couples! Être amoureux, c'est ressentir, c'est une émotion, subir un état qui ne dure pas. C'est inéluctable! Beaucoup de personnes font fausse route en l'ignorant, et nombreuses sont les unions qui éclatent pour cette confusion. On observe souvent que le sentiment de n'être plus amoureux, puisqu'on ne ressent plus le "grand frisson", s'accompagne d'envie de séparation, voire de rupture. Au risque, mais on s'en rend malheureusement compte trop tard, d'entrer dans un cercle infernal d'éternelle recherche des premiers émois avec un "autre produit", ailleurs, où avec le temps la relation s'étiolera à nouveau, et il faudra recommencer. Lorsque le lien avec autrui doit être jouissance, on entre dans une sorte d'addiction. Dommage pour les impatients, parce que ça les prive de la plus belle part! Pour qui sait attendre vient alors la place d'Aimer, qui révèle combien il est passionnant de s'émanciper ensemble. Même si ce n'est pas de tout repos...

    "Le couple, c'est la grande chance du travail" (Christiane Singer)

    Aimer, c'est vouloir, c'est décider. IL est ridicule de chercher l'impossible, croyant vivre la symbiose avec l'autre. Un amour appelé à durer n'est pas du domaine du sensible. Il intègre bien sûr encore le coeur, mais aussi la raison. C'est réfléchi, volontaire et progressif. L'Amour vrai a besoin de temps. Il doit mûrir. C'est un travail de jardinier responsable, qui ne redoute pas les peines et les difficultés qu'il va rencontrer parce qu'il ne pense qu'à la belle récolte qui suivra... Parmi les quelques personnes que l'on pourrait aimer, on s'engage avec une (eh oui, choisir, c'est obligatoirement renoncer) avec qui on entre dans la gratuité de la rencontre. On ne choisit plus son partenaire pour remplir son propre besoin d'aimer, mais pour ce qu'il est et que l'on veut son bonheur.

    "Tel que tu es, je t'aime. Sans illusion, sans projections". Ce n'est pas un sentiment, mais un acte posé consciemment. Il n'est ni rêvé, ni idéalisé, et il tire vers le haut (l'inverse de "tomber" amoureux). Il paraît que la lune de miel aveugle disparaît après 3 ans. En ouvrant alors les yeux, on s'aperçoit que les besoins des deux ne coïncident pas vraiment. Si on renonce à l'illusion du "grand amour" passionné, la relation vraie avec l'autre peut commencer dans la richesse des différences assumées et acceptées, parce que comprises comme des occasions de se laisser surprendre par le partenaire, qui reste intéressant et attirant. 

    Dimanche dernier, un ami chez qui nous étions nous a rapporté la réponse d'un papa à ses enfants qui l'interrogeaient au sujet de son couple: "C'est seulement quand j'ai cessé d'être amoureux que j'ai pu commencer à aimer". 

    "Apprends à me connaître, découvre qui je suis, comme moi je vais apprendre à te connaître", dit la Rose au Petit Prince.

    Bonne fête à tous les "Aimants"!Sourire

     

  • UN ART DE VIVRE...

     

    « Tous les hommes font la même erreur, de s’imaginer que le bonheur veut dire que tous les voeux se réalisent » (Léon Tolstoï)

     

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     Nourrir un trop grand espoir de voir les voeux se réaliser peut entraîner manque et frustration de ce que nous ne possédons pas et de ce que nous ne sommes pas. Pourtant, le bonheur n’est pas qu’une illusion. C’est un idéal qui sert d'émulation, un objectif qui nous invite à prendre en main notre propre existence.

    Le bonheur s'obtient lorsque l'on parvient à discipliner sa pensée et qu'on ne le cherche plus là où il n'est pas. Il est dans des plaisirs ponctuels que l'on peut vivre. 

    Le bonheur est un véritable art de vivre, une manière d'aborder l'a vie sans se laisser affecter outre mesure par les désagréments. C'est un équilibre à trouver, qui dépend de nous...

  • POUR ÊTRE HEUREUX

    Alors que je me proposais de préparer un billet pour nourrir le ventre affamé de Vivance...

    ... j'y ai renoncé après avoir lu cet article, paru sur le site de Notre Dame  du Web, et que je reprends intégralement ici...

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    Pierre Teilhard de Chardin fut un jésuite français (1881-1955). Paléontologue et géologue reconnu, il fut aussi théologien et philosophe.

    Le texte suivant nous présente sa vision du bonheur.

     

    (Vous pouvez lire la biographie de Teilhard sur cette page).

     L'auteur s'exprime bien mieux que moi  au sujet du bonheur, qui est un sujet sur lequel j'ai  beaucoup médité ces deux derniers mois, et que j'allais aborder (NDLR)...

    1. Pour être heureux, premièrement, il faut réagir contre la tendance au moindre effort qui nous porte, ou bien à rester sur place, ou bien à chercher de préférence dans l’agitation extérieure le renouvellement de nos vies.Dans les riches et tangibles réalités matérielles qui nous entourent il faut sans doute que nous poussions des racines profondes. Mais c’est dans le travail de notre perfection intérieure, – intellectuelle, artistique, morale –, que pour finir le bonheur nous attend. La chose la plus importante dans la vie, disait Nansen1, c’est se trouver soi-même. L’esprit laborieusement construit à travers et au-delà de la matière – Centration.

    2. Pour être heureux, deuxièmement, il faut réagir contre l’égoïsme qui nous pousse, ou bien à nous fermer en nous-mêmes, ou bien à réduire les autres sous notre domination. Il y a une façon d’aimer, – mauvaise, stérile –, par laquelle nous cherchons à posséder, au lieu de nous donner. Et c’est ici que reparaît, dans le cas du couple ou du groupe, la loi du plus grand effort qui déjà réglait la course intérieure de notre développement. Le seul amour vraiment béatifiant est celui qui s’exprime par un progrès spirituel réalisé en commun. –Décentration.

    3. Et pour être heureux, – tout à fait heureux, troisièmement – il nous faut, d’une manière ou de l’autre,indirectement ou à la faveur d’intermédiaires graduellement élargis (une recherche, une entreprise, une cause…) transporter l’intérêt final de nos existences dans la marche et le succès du Monde autour de nous.Comme les Curie, comme Termier2, comme Nansen, comme les premiers aviateurs, comme tous les pionniers dont je vous parlais plus haut, il faut, pour atteindre la zone des grandes joies stables, que nous transférions le pôle de notre existence dans le plus grand que nous. Ce qui ne suppose pas, rassurez-vous, que nous devions pour être heureux faire des actions remarquables, extraordinaires, mais seulement, ce qui est à la portée de tous, que, devenus conscients de notre solidarité vivante avec une grande Chose, nous fassions grandement la moindre des choses. Ajouter un seul point, si petit soit-il, à la magnifique broderie de la Vie ; discerner l’Immense qui se fait et qui nous attire au cœur et au terme de nos activités infimes ; le discerner et y adhérer : – tel est, au bout du compte, le grand secret du bonheur… – Surcentration.

    Teilhard de Chardin (1881-1955)
    texte extrait de 
    Sur le bonheur.

    1 Fridjdoft Nansen (1861 – 1930) fut un grand explorateur, un éminent scientifique et un grand diplomate norvégien ; il reçut le prix Nobel de la paix en 1922.

    2 Pierre Termier, (1859-1930) est un géologue français. Spécialiste de la tectonique et de la synthèse structurale des Alpes, il a étudié les mouvements tangentiels de la chaîne.