• MARIAGE POUR TOUS

    En France, la loi Taubira, qui ouvre le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, a été votée mardi 23 avril à l'Assemblée nationale...

    C'est le quatorzième pays à avoir ouvert le mariage aux couples homosexuels, le neuvième en Europe. Je fais partie de ceux qui ne souhaitaient pas cette conclusion.

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    Ceci dit, la terre ne s'arrêtera pas pour autant de tourner comme toujours, et ce n’est pas parce que cette loi est sortie que l’on est astreint à s’y conformer. Ce n'est pas elle non plus qui parviendra à assurer l'égalité pour tous, quoi qu'en pensent ses défenseurs.

    Par ailleurs, un rapport de force est une démarche violente qui bloque tout dialogue. Même si les raisons invoquées par les opposants à cette loi sont bonnes, de leur point de vue, rien de tel que la douceur et l'amour pour faire passer leur message. C’est seulement en aidant pacifiquement les gens à prendre conscience de l’absurdité de la loi qu’ils décideront de ne pas s’en servir. Je pense donc qu’il est préférable de les sensibiliser au cours d’échanges cordiaux à l’issue desquels ils se sentiront libres de leur choix.

    En finalité, ce sera la loi de la nature qui sortira grande gagnante, avec toutes les nuances (qui sont des différences!) qu'elle contient et font sa richesse. C'est pourquoi je ne m'inquiète pas de ce qui n'est qu'une éclipse dans l'histoire de l'humanité. Il faut juste encourager chacun à s'assumer dignement dans sa spécificité, insister sur le respect envers tous, sans coller d'étiquette d'appartenance, et donner du temps au temps... 

  • AVANT L' ACTION

    « J'ai prié et l'intelligence m'a été donnée, j'ai invoqué et l'Esprit de Sagesse m'est venu. (...) mais avec elle me sont venus tous les biens. (...) ceux qui l'acquièrent s'attirent l'amitié de Dieu » (Sagesse 7, 7-14).

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    Quel que soit le lieu, dans la vie quotidienne, dans la vie familiale ou anciennement dans la vie professionnelle, j'ai acquis l'habitude de commencer chaque journée en faisant le planning de ce que je compte faire. Toutefois, si décider fait partie de ma vie et me rassure, en quelque sorte, je me pose régulièrement une question: « Est-ce que j'associe le Seigneur à mes activités ? Ne souhaite-t-il pas que je l’invite à me rejoindre? ».

    La prière m’aide à discerner la volonté de Dieu dans ma vie. Avant certaines démarches, il m’arrive fréquemment de Le consulter. Quand bien même ce serait une futilité aux yeux des gens, je suis en tous les cas convaincue que Dieu est intéressé. Quand je la lui demande, il me donne la sagesse, et le reste m’est donné par surcroît…

    Quelle est la volonté de Dieu ? Pour le savoir, je dois prendre un petit peu de temps pour l'écouter...

  • CREDO D'UN HOMME DE LETTRES (Lettre 5)

    images (2).jpegMon Dieu, je suis un homme de lettres, et Vous êtes le sujet de mon livre, et je serai payé pour l'avoir écrit. "L'homme de lettres, l'assassin et la fille de bordel..." ce raccourci horrible de Paul Claudel est imprimé au secret de mon être comme par un fer rouge. Mais cet homme de lettres, Vous l'avez aimé dès son enfance. Vous êtes entré dans son coeur, le matin du 12 mai 1896, alors que les voix angéliques chantaient "Tabernacle redoutable" et "le Ciel a visité la Terre". Je vois bien maintenant qu'il n'a plus jamais été question pour Vous, quoi que j'ai pu faire, de m'abandonner. J'entrevois que tout jugement est téméraire, et non moins celui que nous portons sur nous-mêmes.

    Nous ne nous connaissons pas. Nous nous chargeons comme pour décourager d'avance votre justice. Il n'y a pas en nous de mouvement qui ne soit louche, qui ne recouvre un calcul obscur, pas un geste qui ne tienne à une attitude que nous croyons avoir intérêt à prendre devant Vous ou devant notre propre conscience, aux yeux des autres hommes. Que reste-t-il en moi dont je me puisse prévaloir ? Rien d'autre que, dans la trame d'infidélité qui constitue une longue vie, ce fil qui court depuis le commencement, que rien n'a pu rompre jamais ; et voilà que tout le reste de l'étoffe est en lambeaux ; et ce fil demeure que Vous tenez, et auquel demeure attaché ce coeur dont personne au monde ne compte plus les battements, ce coeur, qui n'est plus qu'une pétrification de vieux péchés, un poids mort de sédiments : ce que laisse après soi la marée, l'écume d'une jeunesse interminable, - ce qui est pardonné mais qui ne peut pas ne pas avoir été.

    Nous sommes sculptés à jamais : aucun de nos traits ne saurait désormais être détruit. Je crois que je suis pardonné. Ce n'est pas la plus facile à croire, de toutes les choses auxquelles j'aurai cru. Et c'est pourtant celle-là dont je devrais être le plus persuadé, puisque me voilà dans ce temps du déclin, ayant pris les habitudes qui étaient celles de ma mère quand elle avait l'âge que j'ai atteint aujourd'hui. Me revoilà à la même messe qu'elle dans l'aube noire de l'hiver ou dans la lumière d'un matin d'été, me revoilà comblé du même silence qui devrait suffire à nous délivrer de toute inquiétude et à abandonner notre vie passée à la miséricorde vivante en nous et qui est Vous-même, ô Pain de vie !

    Pourtant je cède à un dernier scrupule : ce que nous appelons vie intérieure, vie avec Vous, rejoint ce repliement sur lui-même, cette attention maniaque et de tous les instants que l'homme de lettres concentre sur sa propre personne, unique matière de son ouvrage. L'exigence du salut devient le déguisement de ce culte du moi qu'un maître m'enseignait à vingt ans, et ennoblit d'un trop beau prétexte mon indifférence aux autres.

    François Mauriac.

  • CREDO D'UN HOMME DE LETTRES (Lettre 4)

    747749.jpgAh ! Le monde n'a pas besoin de nous répéter, à nous, de descendre de notre croix ! O mon Dieu, ce mensonge, ce déguisement, cette imposture, cela est si évident, si flagrant, qu'il n'y a pas à le mettre en question. Ce qui demeure en question c'est ce que Vous seul savez et voyez : s'il subsiste pourtant au coeur même du mensonge, un atome de vérité, de sincérité : "Si vous aviez la foi gros comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne..." Je ne puis douter de votre grâce en moi ; c'est donc que cet atome, si infime qu'il soit, existe et irradie.

    Voilà le dernier retrait où se concentre ce que je crois (...). "Et si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur". Que de fois je l'aurai méditée et citée, cette parole de l'Epître johannique - parole qui m'est revenue un jour, comme réécrite de votre propre main pour mon usage unique. Ce fut dans une circonstance que j'ai déjà plusieurs fois rapportée. J'ai raconté souvent l'histoire du paroissien que m'avait demandé Colette. Je ne songerais pas à mettre cet incident étrange au rang des signes que vous m'avez donnés, s'il n'y avait ce qui concerne la parole de saint Jean. Je rapporterai donc brièvement cette histoire. Au cours d'un déjeuner, au plus noir de l'occupation, Colette, à brûle-pourpoint, me demanda de lui donner un livre de messe, mais non de lui en acheter un. Elle me décrivit celui qu'elle voulait, et que je ne pourrais trouver, croyait-elle, que chez moi : un de ces vieux paroissiens d'autrefois recouverts de basane noire, "comme il y en a dans les familles". Je lui promis d'en chercher un. Ce que je fis, mais je ne trouvai rien.

    Trois jours plus tard, je reçus d'elle une lettre étrange : elle me racontait que sa concierge lui avait remis le paroissien qu'elle m'avait décrit. Mais il ne venait pas de moi, comme elle l'avait d'abord cru. C'était une amie polonaise qui se trouvait hospitalisée dans une clinique de Paris pour une opération sans espoir et qui lui envoyait ce dernier souvenir. Colette lui téléphona à la Maison de santé et après l'avoir remerciée lui demanda : "Mais pourquoi ce paroissien ?" L'amie étrangère hésita et répondit : "Vous allez me croire folle, mais je vous ai vue en songe et vous me demandiez ce paroissien..." Collette me pressait de venir m'en assurer par moi-même. Je me rendis aussitôt rue de Montpensier. Oui, c'était bien le paroissien noir qu'elle m'avait décrit. Comme je le considérais avec attention, Colette me dit que l'étrangère avait tracé quelques mots sur la page de garde. Je lus et n'en crus pas mes yeux : c'était la parole de saint Jean : "Et si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur". Cette part du message me concernait, je le savais. Et encore maintenant je sais bien quelle est la réponse à la question posée par le titre de ce livre : Ce que je crois. Je crois que je suis aimé tel que j'ai été, tel que je suis, tel que mon propre coeur me voit, me juge et me condamne. C'est de cela qu'il est difficile de se persuader, et qui est vrai pour chaque fidèle en particulier. "Grandeur de l'âme humaine..." Si médiocres, si déchus, si bêtes que nous soyons, il y a un point de nous-même qui Vous attache à nous, et c'est l'attachement de Dieu qui Vous attendrit sur nous, et c'est la tendresse de Dieu - à la fois Fils de Dieu et Fils de l'Homme. Il n'y aurait pas d'idiots pour nous, ni de raseurs, si notre regard pénétrait en eux jusqu'à cette part divine, celle que Vous connaissez, où Vous résidez, s'il s'agit d'une âme en état de grâce, où Vous faites votre demeure. (Au moment où je corrige cette page, un doute me vient. Je me demande si la parole de saint Jean n'avait pas été écrite à la première page d'un opuscule de piété que Colette reçut à la même époque, d'une pauvre fille qu'elle n'avait jamais vue, qui souffrait pour elle, et elle le savait...)

    François Mauriac

     

  • CREDO D'UN HOMME DE LETTRES (Lettre 3)

    téléchargement.jpegLa porte que les saints ont franchie, il n'a jamais été question pour moi de seulement l'approcher. Cette passion, votre passion, j'y serai demeuré étranger. Ce signe que je trace avec ma main sur mon corps et qui est au-dessus du lit où je repose et de la table où je travaille, je l'ai dépouillé de ce qu'il signifie. Et moi qui m'irrite si quelqu'un parle "des consolations de la religion" qu'aurai-je fait d'autre toute ma vie que de les rechercher ? Et plus que jamais à cette heure de l'extrême déclin, qu'aurai-je fait d'autre que de traquer une certaine douceur, une certaine tendresse, là où déjà je la découvrais quand j'étais cet écolier qui aimait pleurer aux messes de première communion ? Mon Dieu, je ne crois pas que vous me repoussiez à cause de cet hédonisme inguérissable, mais je crois qu'il m'a arrêté et immobilisé dès le départ et que je n'aurai pas fait un pas de plus vers Vous, même en ces temps de grand calme et de grande paix, alors que la vieillesse est sanctifiée en moi, malgré moi par la communion au pain vivant. Les premiers signes que Vous m'aviez donnés, je n'ai pas compris qu'ils étaient des signes pour me détacher et pour avancer vers Vous. Je suis demeuré immobile, ligoté par mes habitudes jouisseuses, attendant d'être de nouveau consolé. Et certes je l'aurai été sur place. Je n'aurai pas pris la route qui menait à la contemplation et à la possession et donc à la certitude. Je me suis assis sur une borne, résigné à ne pas aller plus loin, encombré de mille choses vaines, de tous ces bagages que je traîne.

     Mon Dieu, est-ce que je ne trouve pas de satisfaction jusque dans cet aveu ? Est-ce que je ne cherche pas de délices jusque dans cette sorte d'épouillement sous votre regard ? Ne suis-je pas en ce moment même et à mesure que je trace ces lignes, un simulateur ? Cette image de moi que je dessine sous votre regard et qui feint d'être accablante, je m'y complais en réalité, et à mesure qu'elle se dégage des mots, je doute si elle offre beaucoup de points communs avec l'être que je suis réellement et dont Vous seul pouvez prendre l'exacte mesure.

    Que nous nous abaissions ou que nous nous élevions devant Vous, que nous récitions la prière du publicain ou celle du pharisien, je crains qu'il ne s'agisse toujours d'une attitude prise, d'une manière d'être délibérée, d'un personnage dont nous supposons que le comportement doit Vous plaire, et dont nous Vous donnons la comédie. Ce personnage-là rejoint celui que le public exige que nous soyons et auquel nous nous conformons, d'instinct, au point de le devenir vraiment.

    "O mon Dieu, je touche ici devant Vous à cette dernière épreuve de la Foi : elle ne saurait être pesée et jugée avec certitude. Il est impossible d'en dégager les éléments suspects, surtout chez un littérateur dont le métier n'est que fiction, faux-semblant et mensonge. L'imposture de Tartufe est moins simple que Molière ne l'a cru. Son imposteur n'est qu'une canaille du type le plus courant qui a mis la main sur un imbécile comme il s'en trouve peu, et il en profite. Mais nous qui ne sommes pas des canailles, qui ne cherchons à duper aucun imbécile, c'est de Vous que nous cherchons à faire notre dupe. C'est pour une certaine idée que nous nous forgeons de notre exigence sur nous, que nous tenons les propos du chrétien que nous ne sommes pas, nous qui n'avons jamais été crucifiés que malgré nous, et qui n'avons rien désiré autant que de ne pas l'être.

    François Mauriac.

     

     

  • CREDO D'UN HOMME DE LETTRES (Lettre 2)

    Foi, credo, Mauriac, prière, larmesQue pourrais-je rappeler encore ? Un jour, peut-être deux ou trois ans plus tôt, car nous habitions encore rue de la Pompe, et ce devait être l'année des Souffrances du chrétien, peu de temps après que j'eusse retrouvé la paix, je me tenais dans la minuscule chambre de bonne que nous appelions le cagibi, et où je travaillais à l'abri de mes enfants. C'était, je crois bien, le jour de la Pentecôte, en tout cas le temps de la Pentecôte. Je ne me souviens pas si je lisais, travaillais ou priais. Tout à coup, je fus précipité à genoux, comme mû par une force inconnue, possédé par une sorte de bonheur déchirant. Je pleurais, sans songer à essuyer mes larmes. C'est depuis ce jour-là que la Pentecôte est devenue ma fête de prédilection ; et si ce fut mes nerfs et non l'Esprit qui me jetèrent à genoux, comment expliquer que jamais, pas une seule fois durant les trente-cinq années qui ont suivi, et aujourd'hui que je vis, du moins je l'espère, dans un état habituel de grâce, je n'ai rien éprouvé de tel, que plus jamais cette foudre ne m'a atteint ? Quant à ce que fut exactement cette brûlure, je n'en saurais rien rapporter avec assurance. A vrai dire, je ne m'en souviens plus. Et il ne m'est plus rien advenu qui m'en pût rappeler l'idée.

    Je n'ai pas mérité de faire un pas de plus vers cette joie qui s'achète au prix d'un renoncement à tout le sensible, ce dont j'étais le moins capable. A quel point j'ai été celui qui ne donne rien, qui ne renonce à rien, qui a le plus reçu de récompenses en ce monde, je le reconnais devant Vous. J'en demeure accablé et ce n'est pas une attitude à laquelle j'ai recours, ou du moins elle comporte une grande part de sincérité. Car Vous le savez, à certaines heures, j'ai jeté vers Vous le cri de mon étonnement, de mon émerveillement : "Mon Dieu, pourquoi ne m'avez-vous pas abandonné ?" Oui, pourquoi ? Alors que j'ai été cet adolescent gâté et jouisseur, que j'ai tout fait tourner à ma satisfaction et à mon confort, que j'ai prétendu ne renoncer à rien, ni au monde, ni à Vous, que seul mon intérêt bien entendu aura freiné ma convoitise, que j'ai assumé d'un coeur léger ce que le métier littéraire comporte de responsabilités et de risques pour les autres - enfin que j'aurai tout disposé pour gagner sur tous les tableaux de l'éternité e du temps. O mon Dieu qui n'aimez pas les calculateurs, ni les économes infidèles, en dépit de l'obscure parabole, ni les vertueux qui ne le furent que parce qu'ils étaient prudents et que parce qu'ils étaient lâches, il faut croire que quelque chose en moi Vous a désarmé pour que Vous ne m'ayez pas abandonné - ou que des saints ont intercédé pour moi, tel pauvre mort qui a aimé le jeune homme que j'ai été. Et puis nous ne sommes pas juges de nous-mêmes. Ce qui nous faisait le plus horreur en nous, ce fut peut-être ce qui pesa le moins à vos yeux, les fautes qui nous ont le plus humilié, peut-être auront-elles été les premières pardonnées. Mais Vous nous demanderez raison de ce qui ne nous abaissait pas, et qui ne nous faisait pas honte, et dont nous ne songions pas à rougir : tout ce qui Vous a peut-être empêché de revenir comme Vous étiez venu en ce bref instant d'un jour de Pentecôte en 1927 ou 1928, dans le cagibi... "Laissez-moi retrouver la source de ces grandes larmes oubliées..." dit Claudel. Ces larmes, que je n'ai plus jamais été digne de répandre devant Vous.

    François Mauriac.

  • CREDO D'UN HOMME DE LETTRES (Lettre 1)

    Les cinq prochains posts seront consacrés à des lettres de François Mauriac, à lire, relire, mastiquer, méditer...

    "Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrédulité !" Cette prière Vous l'avez entendue de vos oreilles, mon Dieu, quand Vous étiez un homme, entouré d'autres pauvres hommes galiléens. (...)

    foi,prière,credo,mauriacNous croyons en Vous que nous ne voyons pas. Nous écoutons votre parole que nous n'entendons pas. Cette bouchée de pain azyme sur ma langue, je dis que c'est Vous, je me recueille et j'adore en moi cette présence qui ne m'est attestée par rien de sensible. Plusieurs ont reçu des signes, qui n'étaient pas des saints : Claudel, Max Jacob, Simone Weil... Mais moi ? Si je prétendais n'en avoir reçu aucun durant ma vie, je mentirais. Mais si je les rapportais, ils s'évanouiraient en même temps que j'essaierais de les fixer dans des mots. Et puis, tant d'années recouvrent ces instants de grâce que je ne suis pas sûr du souvenir que j'en garde. "Oui, je l'ai vue ! Je l'ai vue !", répétait en mourant la pauvre Bernadette à qui on avait fait si souvent répéter au parloir, pour l'édification des visiteurs, l'histoire des apparitions, et qui peut-être finissait par douter de n'avoir pas rêvé.

    Les deux éclairs - car ce fut aussi rapide qu'un éclair - dont j'essaie de retrouver en moi la brûlure, se situent à l'époque de ma vie qui fut la pire, je crois bien, et qu'expriment les pages de Souffrances du chrétien. Pendant deux ou trois ans, je fus comme fou. Presque rien n'en apparaissait au dehors. Les raisons épisodiques de cette folie en recouvraient de plus obscures, nées à l'intersection de la chair et de l'âme, en ce milieu du chemin de la vie qu'est la quarantaine sonnée. "Quand vous croyez être loin de moi, dites-Vous à l'auteur de l'Imitation, c'est alors souvent que je suis le plus près !" J'ai souvent pensé que Vous n'aviez jamais été plus près de moi qu'en ces jours d'une souffrance interminable et où j'aurais pu être précipité à chaque instant dans la mort. J'errais à travers Paris, comme un chien perdu, comme un chien sans collier. Un jour, exténué, je franchis le seuil d'une chapelle inconnue, dans un quartier qui n'était pas le mien. J'y pénétrais pour la première fois et m'assis au premier rang des chaises. Et je me souviens que je Vous fis cette prière : "Faites qu'un prêtre, qu'un religieux me voie, devine ma souffrance, me mette la main sur l'épaule". Je demandais, j'exigeais ce signe. Il ne vint personne, et je repris ma course de bête errante, que la voiture de la fourrière aurait aussi bien pu ramasser.

    Du temps passa et je guéris, à l'heure que Vous aviez choisie. Vers cette époque, nous quittâmes la rue de la Pompe pour habiter un nouveau logis. Je commençais de fréquenter la chapelle des Bénédictins, rue de la Source. Un matin, dans la semaine, j'y venais de communier, j'étais revenu à ma place, l'esprit un peu distrait. Et tout à coup, comme si un rideau se déchirait, je reconnus la chapelle où j'étais entré en ce jour de souffrance et où je croyais Vous avoir prié en vain. Je revis la place où j'étais assis, le grand Christ sombre que j'avais supplié. Ce fut comme si quelqu'un me disait : "Eh bien ! tu vois ?" O mon Dieu, qui n'êtes pas du temps, Vous me répondiez à votre heure. Ce que je ressentis alors d'ineffable, je ne puis l'exprimer, ni même feindre de m'en souvenir. Je me rappelle avoir été pénétré au plus secret de l'être, de joie et de tendresse. Mais sans doute ai-je été indigne de cette grâce et s'est-elle perdue comme tant d'autres.

    François MAURIAC

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • CHERCHER, QUI? OÙ?

    Avec le retour du printemps, nous venons de fêter Pâques et tous ses rituels, chargés d'une riche symbolique: l’eau, le feu, la lumière, la vie. Comment expliquer le sens chrétien de ce jour aux plus petits ? ...

    Après avoir participé à la veillée pascale, des morceaux de bonheur flottaient dans l’air chez nous le jour de Pâques sur le temps de midi (il a fallu attendre l'arrivée de nos Liégeois). Cette année, l'événement revêtait d'autant plus d'importance pour nous que notre petit-fils B., 21 mois, allait connaître sa première chasse aux oeufs. Par chance, nous avons pu l'organiser dehors, en dépit du climat hivernal qui perdure. Un moment de joie où nous avons vu B. se lancer ardemment à la recherche des oeufs semés dans le jardin. Un dimanche de merveilleux partage !

    L'oeuf, considéré à la base de la vie et représentant la perfection, étant associé à la fête de Pâques, le rapprochement est évident entre la promesse de vie qu'il représente et la Résurrection du Christ qui est fêtée. «Pâques» signifie éthymologiquent «passage», mais aussi spirituellement : c’est le passage de la mort à la vie. Le fait d'associer les deux permet d'expliquer plus facilement aux enfants le sens de la vie, de la mort, et donne du sens aux rituels traditionnels. D'ailleurs, j'aime imaginer que Dieu, qui est Amour, nous a observés en souriant avec tendresse et amusement pendant que nous cherchions les oeufs et les petits cadeaux déposés par les cloches.

    B. A reçu deux sets de table avec Winnie et une brouette en plastique contenant des accessoires pour jardiner. Trois fois rien, question dépenses, mais juste ce qu'il fallait pour combler notre petit bonhomme ! Il a de suite été très habile pour se déplacer avec son véhicule à bras ! L'avenir nous apprendra s'il a la main verte. Ce disant, je pense bien sûr aussi à son jardin intérieur qu'il faut lui faire découvrir et lui apprendre à entretenir. Dans cet ordre d'idée, j'ai bien aimé l'homélie en commentaire d'EAQ de lundi, dont voici un extrait :

     « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Tu as celui que tu cherches, et tu l'ignores ? Tu as la vraie joie éternelle, et tu pleures ? Tu l'as en toi, celui que tu cherches dehors. Vraiment tu te tiens « dehors tout en larmes près d'une tombe ». Ma tombe, c'est ton cœur ; je n'y suis pas mort, mais j'y repose, vivant pour l'éternité. Ton âme est mon jardin. Tu avais raison de penser que je suis jardinier. Nouvel Adam, je cultive mon Paradis et je le garde. Tes larmes, ton amour et ton désir sont mon ouvrage. Tu me possèdes en toi sans le savoir : voilà pourquoi tu me cherches au dehors. Je vais donc t'apparaître là aussi pour te faire rentrer en toi-même afin que tu trouves à l'intérieur celui que tu cherches dehors ».( Extrait d'une Homélie monastique anonyme du 13e siècle - Méditation sur la Passion et la Résurrection du Christ, 38 ; PL 184, 766 -trad. Orval-) 

    Pourquoi nous agitons-nous si souvent en tous sens ? Sans doute parce que le désir de bonheur nous rend vulnérables. C'est la méditation sur les promesses de vie de l'Écriture qui nous apporte le plus de joie. Mais c'est en désirant plus profondément le Sauveur que son absence est aussi la plus douloureuse. Or, c'est seulement en traversant la ténèbre et le vide que l'on peut devenir témoin d’une vie qui nous dépasse.

    Le sens de la Résurrection est que ce qui était mort en nous, ou à moitié mort, revient à la vie. « Notre Résurrection » se passe au sein de notre humanité. Elle est faite des résurrections que nous expérimentons dans le quotidien de nos existences, et est différente de celle vécue par Jésus, qui est passé dans un autre monde. Nos limites ne disparaîtront pas, puisqu'elles font partie de la condition humaine. Il nous appartient de laisser Dieu accomplir en nous et avec nous le travail de résurrection, qui se manifeste de diverses façons : un pardon qui libère notre cœur, l'acceptation de l'autre dans sa différence, un nouvel élan vital, la délivrance d'un lien qui brouillait une relation, une joie très profonde...

    Nous ne guérirons jamais d'avoir des limites. Mais nous apprenons à les connaître, à les accepter, à les gérer, à nous situer par rapport à elles. Lorsque nous demandons l'aide de l'Esprit-Saint, il nous aide à découvrir notre mesure spécifique et à la déployer. C'est ce message d'espérance qu'il est capital de transmettre aux plus jeunes!