• DOPER-DUPER

    Armstrong, ancien coureur cycliste, était accusé d'avoir usé de stéroïdes et d'EPO, notamment par transfusion sanguine. Ses aveux récents ont relancé le débat sur le dopage...

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    Cependant, loin de se limiter au domaine sportif, le dopage est un phénomène social de grande échelle. Nous vivons dans une culture qui pousse les gens, à tout instant et de tous côtés, à consommer, gagner, dominer, posséder! La recherche de la performance, par des moyens médicaux ou techniques s'il le faut, est une course infernale. Certains vont jusqu'à la tricherie, et n'hésitent pas à risquer leur âme pour parvenir à leurs fins.

    L'être humain accepte difficilement ses limites physiques ou mentales. Pour exister aux yeux des autres, il se croit obligé de masquer sa fragilité. Afin de répondre aux normes de la "super-forme", on assiste à une banalisation d'ingestion de compléments alimentaires, vitamines, caféine, des boissons énergisantes, et pis, de médicaments avec leurs effets secondaires et au risque de la dépendance. Cocaïne, amphétamines, stimulants, antidépresseurs, Viagra, jusqu'aux dopants les plus sophistiqués, s'inscrivent dans une recherche de résistance maximale et de "mieux-être"(?) pour répondre au dictat d'une société concurrentielle. User de ces artifices revient à duper: soi et les autres. 

    « Le dopage, c'est monsieur tout-le-monde prêt à s'engager dans la consommation de produits énergétiques ou dopants parce que nous sommes dans une société où le corps est devenu un élément fondamental de la construction identitaire » (Jean Bilard, Écoute Dopage, Libération, 27/10/2002).

    Tout en sachant que le dopage a existé de tous temps, je trouve lamentable de donner raison à l'exaltation du 'toujours plus" qui encourage l'aventure chimique et diverses manipulations au détriment des vraies dimensions humaines. Plus largement, toutes les formes de toxicodépendances (le travail et les loisirs à dose excessive y compris) aliènent l’homme de sa propre dignité et de sa vérité. C'est de la pure tomperie. Petites ou grosses, les tricheries soulèvent la question des manières d’être, envers soi-même d'abord, et bien entendu avec les autres. 

    Gagner ou perdre, dans le respect de soi et des concurrents adverses, c’est grandir, en estime de soi et de l’autre, tandis que tricher ébranle la relation de confiance. Puisque, de toute évidence, tout le monde ne partage pas forcément la même éthique, tous ne visent pas nécessairement les mêmes objectifs, et n'utilisent pas les mêmes méthodes. Comment vivre socialement en harmonie dans pareilles conditions? Cette constatation conduit à un questionnement essentiel sur les valeurs qui sous-tendent notre société. Ceci vise tous les domaines, à commencer par l'éducation. Car les juniors ne sont pas épargnés par les produits dopants (pudiquement appelés stimulants) ou assimilés. 

    « Un mauvais penchant est d’abord un passant, puis un hôte, et enfin le maître. » (Talmud).

    En admettant que tricher permet de devenir champion, comment expliquer aux jeunes que tout n'est pas autorisé, et qu'il faut respecter les règles de société? Une partie essentielle du parcours de l’enfant et de l’adolescent est de leur apprendre à conduire leurs passions vers le plaisir plutôt que vers la répétition addictive, et cela grâce au jeu. Il est important de leur permettre de connaître la frustration et de résister à certaines tentations, de leur inculquer que bien concourir, c'est jouer franc-jeu, c'est-à-dire sainement et naturellement. Il faut qu'ils apprennent à perdre sans se sentir dévalorisés, parce qu'on ne peut pas toujours être le plus fort!  

    Il est clair que l’école ne peut pas tout faire pour assurer l'éducation. Son rôle est surtout d'enseigner la culture générale, et le point de départ de la culture morale demeure la famille. C'est dire que pour l’enfant, le milieu familial est déterminant pour ce qui est de sa manière de voir les choses, d'explorer ses capacités et d'en accepter les limites, de vivre ses relations avec les autres en osant rester soi-même. Être heureux, c'est tirer le meilleur de soi et en être satisfait, sans se comparer aux autres, ni chercher à être le meilleur...  

     

     

  • PRONOSTICS?

    La modernité de la démarche de Benoit XVI n’est pas une garantie, demain, de moderniser l’Église, annonçait Gérald Papy, rédacteur en chef adjoint du "VIF/L'EXPRESS", dans un édito paru la semaine dernière -> ICI

     

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    Après lecture, j'ai décidé d'intervenir pour nuancer les propos. Voici mon commentaire...

    À l'instar de toute institution vivante, sans doute l'Église a-t-elle besoin de réaménagement en son sein. Elle a sans doute aussi des efforts à faire pour manifester plus clairement son attention à tous, à ne pas confondre avec adopter les manières du monde par clientélisme! Être à l'écoute d'autrui ne signifie pas se rallier à sa pensée, mais le respecter dans sa différence. Et modernité est synonyme d'aliénation, quand elle signifie l’abandon total des valeurs morales de la société! Tout approuver n'est pas forcément encourager l'homme dans sa dignité. 

    "Tout est permis, mais tout n'est pas profitable "( I Co 6, 12-20 ).

    Bien sûr, il faut être fort pour résister à une société individualiste d'ados prolongés qui encourage le "ni foi, ni loi". Le rôle de l'Église n'est pas de forcer, mais d'aider à discerner selon le message évangélique, et avec l'aide de l'Esprit-Saint.

    Le seul moyen à la portée de ceux qui se sentent sincèrement concernés par l'élection d'un "bon pape" est la prière à cette cause, pas les pronostics...

  • ENVOI

    Jésus envoie les apôtres deux par deux, lisait-on cette semaine dans Lc; 10:1, 9...

    Jésus s'adresse aux 72 disciples pareillement à ce qu’il avait fait précédemment avec "les Douze". Il ne parle donc plus à quelques-uns, mais à un ensemble de personnes. Plus précisément à tous les chrétiens d'aujourd’hui. Il nous recommande de ne pas être attachés à l’argent et au confort et nous avertit que nous serons parfois rejetés. Cet enseignement au détachement moral et matériel est un appel à le suivre et à prolonger sa mission. Maintenant! Tels que nous sommes, sans forcer la sympathie des gens en les appâtant par des artifices, de manière à les laisser libres de nous recevoir ou de nous chasser. Seule notre manière d'être devrait les questionner: Qui est-il? Qui est-elle? D'où lui vient cette attitude aussi fraternelle?

    Il nous est demandé d'être des annonceurs de la Bonne Nouvelle, à des gens parfois enthousiastes, mais aussi parfois des gens désabusés, fatigués, désespérés, aigris, révoltés, suspicieux. Notre rôle s'arrête à leur apporter la Paix au gré de nos rencontres, au gré de notre vie, en rayonnant de la lumière de l'Évangile.

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    Le temps du Carême a pour sens de faire un arrêt qui nous permet de regonfler les batteries de notre foi, de se regorger du Sel, de se redorer de l'éclat du message évangélique, avant de repartir dans le monde. Simplement, mais pas seuls! Deux par deux! Jésus indique que la mission n’est pas une affaire individuelle, mais une démarche communautaire, avec le soutien de tous les chrétiens, unis dans l'Esprt-Saint.

    Bon Carême, temps de pause pour une rencontre personnelle avec Dieu, temps de conversation avec Lui, de relecture de la vie avec Lui...

  • APPARENCES

    Se cacher derrière des masques pour se sentir plus à l'aise est un réflexe humain que nous connaissons tous...

    C'est aujourd'hui Mardi Gras. La tradition est de se travestir ce jour-là. Mais tout rentre dans l'ordre "normal" une fois la journée finie! Le masque est utile pour se mettre en mode "pause", le temps d'un souffle "échangeur" qui permet de se recharger positivement et repartir ensuite en entrant de tout son être dans l'expérience de la vie. Mais certains y renoncent et poursuivent la mascarade pendant toute l'année. Et ça devient tricherie !

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    Parce qu'elles ont peur du regard des autres, le refuge de nombreuses personnes est de revêtir l'apparence qui leur semble correspondre au "socialement correct". Il est vrai que c'est plus rassurant de "faire comme tout le monde", de s'exprimer avec des discours "tout faits" empruntés au "bien-penser". Combien sommes-nous, à n'emporter avec nous qu'un fantôme de nous-mêmes, de manière à nous mettre en mode "sécurité" avant de se mettre en route? Comme ...

    "L’homme aux sept masques"...

    Il était une fois un homme qui portait sept masques différents, un pour chaque jour de la semaine. Quand il se levait le matin, il se couvrait immédiatement le visage avec un de ses masques. Ensuite, il s’habillait et sortait pour aller travailler. Il vivait ainsi, sans jamais laisser voir son visage.

    Or une nuit, pendant son sommeil, un voleur lui déroba ses sept masques. À son réveil, dès qu’il se rendit compte du vol, il se mit à crier à tue-tête : « Au voleur ! . Puis il se mit à parcourir toutes les rues de la ville à la recherche de ses masques.

    Les gens le voyaient gesticuler, jurer et menacer la terre entière des plus grands malheurs s’il n’arrivait pas à retrouver ses masques. Il passa la journée entière à chercher le voleur, mais en vain.

    Désespéré et inconsolable, il s’effondra, pleurant comme un enfant. Les gens essayaient de le réconforter, mais rie ne pouvait le consoler.

    Une femme qui passait par là s’arrêta et lui demanda :

    Qu’avez-vous, l’ami ? Pourquoi pleurez-vous ainsi ?

    Il leva la tête et répondit d’une voix étouffée :

    On m’a volé mes masques et, le visage ainsi découvert, je me sens trop vulnérable.

    Consolez-vous dit-elle, regardez-moi, j’ai toujours montré mon visage depuis que je suis née.

    Il la regarda longuement et il vit qu’elle était très belle.

    La femme se pencha, lui sourit et essuya ses larmes.

    Pour la première fois de sa vie, l’homme ressentit, sur son visage, la douceur d’une caresse.

     

    (Fragment d’un texte-poème de Véronique Tadjo)

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    Il n'est pas toujours facile d'oser se voir tel qu'on est. C'est vrai, qu'il est confortable de se dissimuler dans le creux d'un masque, et on aurait tous de bonnes raisons pour y rester! Surtout quand la question reste à savoir: "Qui m’aimera suffisamment fort pour que je retire tous mes masques ?". Certains ont plus que d'autres besoin de la douceur d'une caresse pour oser se regarder et s'accepter tels qu'ils sont. La question qui revient à chacun est : "Suis-je prêt(e) à leur donner cette caresse qui les encourage à être eux, en privé, mais aussi publiquement?"..

     

     

  • ATTENT(E)ION

    L'attente nous révèle la vraie fécondité de la vie, ses trésors, ses secrets...

    Pourtant, parler d'attendre quand règne la loi du "tout, tout de suite", c'est un peu comme rêver des cathédrales à l'heure des reality-shows! Il faut attendre deux ou trois génétrations, pour que l'oeuvre de la cathédrale soit bien terminée. Un délai qui demande de la patience, et qui est difficilement concevable à l'heure d'aujourd'ui où il y a tant de raisons "évidentes" de ne plus attendre. Et de ne plus pouvoir être soi, afin de répondre à des "normes"! Pourtant... 

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    Quand on ose s'extraire de la frénésie du monde pour s'abandonner dans l'attente, elle enseigne l'attention. Elle seule est capable de rendre visible ce que l'on ne cherchait pas, des détails subtils, une beauté particulière qui fait qu'une tâche à laquelle on s'applique avec coeur devient une oeuvre. Loin d'être corvée, elle nous comble au-delà de toute attente, puisqu'on ne la connaissait pas sous toutes ses facettes en l'entamant. Tout au plus, on l'esquissait mentalement.

    Créer, c'est peut-être exécuter (mot qui signiie aussi tuer!) la commande faite par quelqu'un d'autre que soi, mais en conservant le sentiment de donner gratuitement de sa personne. C'est pratiquer avec art ce que l'on fait en tant qu'activité agréable, libre, désintéressée, quand bien même des objectifs sont à atteindre. Le vrai créateur n'a pas le sentiment d'exercer son travail sous la contrainte. Créer ressemble un peu à jouer, dans le sens amusement, ce qui n'ôte rien au sérieux avec lequel on s'applique à l'ouvrage. 

    Idéalement, nous devrions tous nous sentir co-créateurs de la Vie, participant à un projet humainement valorisant, là où nous sommes et tels que nous sommes. Ce n'est qu'un rêve, à cette époque où tant de gens sont assujettis à des conditions de vie cauchemardesques, et je voudrais qu'il devienne un jour réalité...