• BESOIN DES FEMMES

    Il est étonnant que l'annonce de la Résurrection repose sur le témoignage de femmes vivant dans une société où leur place était insignifiante...
    En premier lieu, les apôtres ne crurent d'ailleurs pas leur message. Aujourd'hui encore, des personnes refusent d'entendre la Bonne Nouvelle, si elle est proclamée par des femmes.

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    "L'Église Catholique a besoin de femmes. Quand je pense que seuls les hommes dirigent les trois grandes religions mondiales, je me tape le cul au plafond. C'est nier la puissance spirituelle des femmes. Si les états laïcs avancent, nos religions stagnent tragiquement de ce point de vue. On peut toujours vanter les femmes, saluer leurs mérites et les peloter à l'infini, c'est les chloroformer un peu plus... "(Guy Gilbert)
    Cette déclaration est raide, "à la Guy Gilbert", mais je le rejoins lorsqu'il souligne la nécessité de reconnaître l'apport non négligeable de la femme dans l'Église. Loin d'être palliative, la présence qu'elle y assure est essentielle. Je crois notamment que l'évangélisation passe beaucoup par elle. Ceci étant, je ne fais pas partie de celles qui revendiquent l'accès à la prêtrise. Par contre, je trouve que la mission pastorale reste incomplète sans l'intervention de la femme, qui dispose de qualités spécifiques, telles que la tendresse, l'accueil, la créativité, le sens pratique, la capacité de dialogue, la promotion de la vie.
    Personnellement, je crois avoir été d'autant plus efficace dans ma vie en Église, que je suis restée "authentique", ne visant aucun titre, aucun statut. Le fait d'évoluer sans besoin de parvenir, ni de prouver, est très libérateur pour moi. Voilà pourquoi je ne désire aucune fonction dans un système qui m'emprisonnerait, m'asphyxierait, et m'empêcherait de laisser passer mon souffle de vie dans son entière dimension.
    Finalement, je tiens beaucoup à ce rôle d'indépendante, dans un "rien"qui m'offre la possibilité de me donner pleinement...
  • APRÈS LA CHASSE

    Comme chaque année, nous avons fêté la joie de Pâques en faisant une chasse aux oeufs dimanche, organisée pour le plaisir des grands...

    La légende de chez nous affirme que, lors de la liturgie du Jeudi Saint au soir, les cloches partent à Rome où le Pape les bénit. Après le silence qui leur est imposé, elles reviennent pendant le Gloria de la Veillée Pascale, pour annoncer la joie de la Résurrection du Christ. On ajoute qu'elles sont chargées d'œufs de Pâques qu'elles répandent dans les jardins, où les enfants vont les chercher. Chez nous, ils sont toujours accompagnés d'un petit cadeau, ainsi que d'un message adressé à chacun.

    Une fois encore, j'ai pris beaucoup de plaisir à préparer, puis à cacher dans le jardin "les trésors" que, par la suite, les "chasseurs" allaient chercher avec beaucoup d'amusement. Étant donné le temps exceptionnellement chaud de ce 24 avril 2011, les oeufs sont restés au frais dans la maison, ce qui n'a changé en rien le ratissage minutieux des fouilles. En tant qu'observatrice, je me suis mise à "transcrire" le spectacle familial auquel j'assistais...

    Pâques

    Comme les oeufs enfouis dans le sol ou camouflés dans un endroit discret, Dieu n’est pas immédiatement manifeste dans le monde, par respect de notre liberté, mais Il nous donne tout, jusqu'à son Fils unique! Pensant aux nouveaux baptisés, ou à ceux qui cherchent Dieu, comment être témoin de la présence vivante de Jésus au milieu de nous, pour ce don de vie qu'il nous fait, sans condition? Le Christ est ressuscité! Pâques invite à passer du registre de la mort à celui de la vie, ce qui demande une conversion du regard. Le tombeau ouvert vient comme une interrogation. Comment expliquer la dimension pascale à ceux qui doutent de Dieu? Comment annoncer que "J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit " (Jn, 20:18)


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    Christ est vivant (Groupe vocal Arpège)

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    La chasse aux oeufs n'a duré qu'un moment. Sur la table de la salle-à-manger, quelques décorations rappellent encore l'événement tout proche. Bientôt, elles disparaîtront. Par contre, tout au long de l’année, nous devrions être attentifs à toute une série de signes de la Réssurection. Et si notre existence se déroulait comme une gigantesque chasse aux oeufs permanente, où à force de chercher des réponses aux questions de la vie, on finirait toujours par trouver l'Amour de Dieu?

    Si nous pouvons être témoins de cette vie nouvelle, la fête de Pâques restera actuelle, bien plus qu'une simple date à retenir pour le calendrier liturgique...

  • RENAISSANCE


    Résurrection et naissance vont de pair. C'est pourquoi, en ce jour de Pâques, je vous propose d'écouter un texte de Jean Debruyne, qui s'intitule "Naître"

     

    (Jn, 3:5-6): "Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit".

    La fête de Pâques symbolise à la fois la mort et le renouveau. La Passion et la Résurrection sont sans doute importantes pour les belles cérémonies célébrées pendant la période pascale, mais n'ont un sens que si je rends Jésus actuel, hors du tombeau, en le laissant vivre en moi!

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    Christ est ressuscité des morts

    "Un jour commence. Jésus en moi veut le vivre. Il a marché parmi les hommes. Avec moi, il est parmi les hommes d'aujourd'hui" (Madeleine Delbrêl)

    Notre vie est un pèlerinage au cours duquel nous apprenons à vivre dans le mystère de Dieu. Jésus a pris chair en Marie, épousant ainsi l’humanité, pour nous introduire dans l'amour qui l'unit à son Père. Le baptême nous plonge dans cet amour, qui nous renouvelle en permanence, parce qu'il est une continuelle renaissance. Renaître en Dieu, c’est aimer à travers les battements du cœur de Jésus, de qui l'humanité a atteint une perfection qu'il réserve à chacun: "Aujourd'hui, tu es avec moi au paradis"... 

    (Jn, 3:16-17): "Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. "

    Bonne fête de Pâques à tous, dans la joie du Christ ressuscité!...



     

     

     

     

                                

  • UNE MÈRE...

     

    Le Stabat Mater est un texte poignant, qui reflète la douleur, la compassion, d’une mère qui voit injustement mourir son fils dans la plus grande des souffrances.


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    Stabat Mater Pergolèse (A. Scholl...)

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    Marie est debout au pied de la croix, Mère souffrante, Mère impuissante, Mère consentante. Marie est fidèle au "oui" de l'Annonciation, et s'associe au sacrifice de son Fils.

    Marie, une Mère exemplaire, un Amour à imiter...


     


  • DES PIEDS OU DES MAINS?

    Après l’homélie de la messe du Jeudi Saint, les rites prévoient, sans l’imposer, le lavement des pieds, geste familier et fréquent au temps de Jésus...

    Il semble qu'une certaine gêne empêche pas mal de personnes sollicitées d'accepter de "prêter" leur pied pour laisser faire ce geste d’humilité. Un peu avant la messe d'hier, il manquait quelques volontaires. Il est étonnant, à l'heure dite de la libération des moeurs, de voir la réticence de pas mal d'hommes à accepter un rituel qui ne demande que le déshabillage d'un pied!

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    Dans son homélie, le célébrant a dit que, dans certaines églises, on a adapté ce rituel en lavant les mains, mais je trouve que c'est moins représentatif du geste de Jésus. Il me semble qu'il y a moins de fausse-pudeur à se laisser laver les mains que les pieds. Le geste du lavement des pieds est plus impressionnant, comme s'il nous touchait dans notre intimité. La démarche de présenter les mains nécessite moins de réserve de la part de celui qui est servi, et le serviteur ne doit pas s'abaisser devant celui qu'il sert.

    Le lavement n’est pas qu’une simple image! Celui des pieds fait mieux comprendre à quel point nous avons besoin d’être débarrassés de notre poussière, c'est-à-dire d’être purifiés de nos fautes, et par là même découvrir de quel amour infiniment miséricordieux Dieu nous aime. Nous le vivons chaque fois qu'Il se fait tout petit pour nous rejoindre jusque dans notre misère, à chaque fois que nous recevons le sacrement de réconciliation, que nous communions, et qu'Il se fait notre humble serviteur pour se faire nourriture de notre vie!

    Mais l'homme est ainsi fait qu'il refuse souvent de se laisser "délivrer", de se laisser libérer de lui-même. Il entend ne devoir qu’à lui-même son être et sa vie! Il éprouve comme profondément vexant d’en être redevable à l’amour d’un autre. Pourtant, le lavement des pieds nous parle sans confusion d’amour gratuit, de service, d’humilité, de purification, de don de nous-mêmes.

    « C’est cela notre Dieu : non pas une menace, non pas une limite, non pas un interdit, non pas une vengeance, mais l’amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour. » (Maurice Zundel)

    Hier, j'ai ressenti fortement le besoin de me laisser aimer et laver par Dieu qui s’agenouille devant moi, et le fait d’être l’objet de cette miséricorde m'a bouleversée...

  • SEMAINE DE RENCONTRE

     

    Cette année, face à l'évidence que, être humain, c'est voyager entre douleur et plaisir, je parcours la Semaine Sainte en unité plus particulière avec des personnes souffrantes...

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    Nous sommes faillibles! Lorsque nous vivons un drame, ou que nous en sommes témoins, la souffrance interpelle sur notre humanité : "Pourquoi moi ?", "Pourquoi eux? ","Pour quoi?", "Pour qui?". Parce que nul n'échappe à la souffrance! Mais elle n'a rien de bon en elle-même, et elle ne détient pas de vertu curative, pas plus qu'elle n'est une mesure punitive. Cependant, certaines tragédies restent inexplicables, telles que les maladies qui touchent les plus jeunes, les catastrophes naturelles... Pourquoi ?

    Parce que la souffrance peut être l'occasion d'une rencontre avec l'Autre. Car Dieu n'est pas indifférent à ce qui arrive. Pour nous comprendre pleinement, Il s'est un jour fait homme, avec toutes les limites et les faiblesses que cela comporte. Il sait ce que nous endurons, connaît la profondeur de notre douleur, parce qu'il l'a expérimentée lui-même jusqu'à l'extrême. Il ne nous dévoile pas l'origine du mal, mais s'offre lui-même comme réponse d'Amour à ce problème.

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    Pendant cette Semaine Sainte, j'essaye de re-connaître Dieu à travers Jésus, qui propose la seule manière possible de réagir face au mal en général. Car il a une réponse à la souffrance, mais qui ne se pose pas en termes explicatifs et rationnels. La solution divine à la souffrance, la seule consolation véritable, dans la mesure où j'accepte l'incompréhension, c'est la compassion, et Jésus est le signe d'une espérance qui devient réalité.

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    En acceptant ma croix, je découvre le désir de l'Autre, Dieu, à travers mes besoins. Ceci me sert pour autrui. Après avoir ressenti combien précieuse est sa miséricorde dans l'épreuve, "en mémoire de Jésus", j'écoute mieux ceux qui souffrent. En dépit de mes faibles forces, cette approche transfigure leur souffrance, par la grâce de Dieu...

    " (...) vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous." (Jn, 13:14-15).

  • TRÈVE À TRÊVES

    Normalement, je devais partir en France dimanche soir, pour rentrer chez moi mercredi soir. Changement de programme, suite à des aménagements de dernière minute qui permettaient de prolonger un We placé sous le signe de l'amitié...

    C'est ainsi que je me suis finalement retrouvée en Allemagne hier, à Trêves plus exactement, avec des amis et mon fils aîné. Une journée bien plaisante! En cliquant sur la photo, une vidéo vous permettra d'apprécier quelques coins de cette superbe ville chargée d'histoire...

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    Bien évidemment, le projet pour la France n'est que différé. Si tout va bien, ce sera pour la mi-mai, avec en prime quelques jours de plus. Tout est donc pour le mieux...

     

  • LIEU DE RENCONTRE

    La Semaine Sainte a débuté hier, dimanche des Rameaux. Ces quelques jours mènent à la fin du Carême, dont le sommet est le jour de Pâques, jour de Résurrection...

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    En cette période, je repense à mon voyage en Israël, qui remonte à il y a deux ans. Dès les premiers pas en Terre Sainte, j'ai éprouvé le besoin de sentir que l'air dont je me remplissais les poumons était bien le même que celui que le Christ a respiré, et j'ai cherché la parole la plus forte qu'il nous ait dite. Le mot "Père" m'est venu à l'esprit. Prononcer ce mot en ce lieu, c'est avoir la consonnance spéciale qui introduit dans la pensée de Jésus, pour son Père et pour nous, en nous communiquant son expérience personnelle.


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    Ouvre Mes Yeux,  Seigneur (J. S Bach)

    Pendant mon séjour, j'ai régulièrement cherché à m'abstraire des implantations nouvelles, pour regarder le ciel, le lac, les collines, le désert, la campagne de la Galilée, les gens, en imaginant que je les voyais tels que Jésus les a vus. Depuis lors, je relis davantage la vie sous son regard, et je découvre de plus en plus souvent Dieu là où je ne l’attendais pas. Avec cette Présence familière sur mon chemin, mes faiblesses et mes fragilités restent d'actualité, mais sont des obsatcles plus surmontables. Quant au quotidien, qui paraît banal à beaucoup de gens, il prend pour moi une dimension sans cesse nouvelle. Il est devenu le lieu d’une rencontre continuelle!

    La vie m'apprend à ne pas chercher seulement de grands signes dans le ciel, mais à les découvrir là où ils sont : cachés dans le grain qui tombe en terre et qui meurt, dans le levain enfoui dans trois mesures de farine et qui fait lever la pâte, dans le geste de la femme qui a mis tout son avoir dans le tronc du temple, dans la foi de la Cananéenne qui met son espérance dans les miettes tombées de la table du Seigneur.

    Plutôt que de m'attacher aux choses qui changent, je veille à la petite flamme immuable qui brûle dans le coeur de l'homme et qui, pour moi, est Jésus présent et bien vivant au milieu des hommes, et en lien permanent avec son Père.

    Bonne Semaine Sainte à tous...


  • LA PLUS BELLE LUMIÈRE

    Après l'amour aveugle du billet précédent, voici un texte qui parle d'une lumière si belle qu'il serait dommage de l'ignorer...


    podcast
    Paix, Amour et Lumière- Patrick Bernard

    (La Harpe du Coeur Divin)

     

    entrer des mots clefs

    LUMIÈRE 

    J’aime la plus belle des lumières, chaude, jaune, celle qui apparaît quelquefois l’après-midi sur le mur d’une chambre face au sud. C’est en elle que je voudrais habiter, pendant des jours, des mois, des années. Souple, tiède, vivante, douce, jaune comme la paille, jaune comme la flamme des allumettes, elle entre par la fenêtre ouverte sans que je sache d’où elle vient, de quels sables, de quels champs de maïs ou de blé mur. Elle entre, pareille à une chevelure de femme, elle se met à bouger entre les murs de la chambre, d’un mouvement continu qui emplit de bonheur, d’un seul long mouvement qui se déploie et rebondit sans cesse, la belle lumière chaude, la lumière d’été. Je la sens venir, elle m'enveloppe comme l’air, mais sans rien qui trouble ou attouche, elle regarde chaque parcelle de ma peau, elle me baigne et m'éclaire. Aucune lumière ne sait faire cela comme elle. Elle, elle est venue de tous les points de l’espace, poudre des soleils et des étoiles, parfum des astres. Lumière du tabac et des genêts, lumière du cuir, lumière de la bière, lumière des fleurs, lumière de la peau blonde et claire, elle supporte tout cela avec elle, comme une rivière qui coulerait sur elle-même. On n’entend pas son bruit. C’est à l’intérieur des oreilles qu’elle murmure son chant, c’est à l’intérieur du ventre qu’elle fait tourner sa ronde. Lumière de la paix, et il n’y aura jamais d’autre paix, jamais de bonheur plus grand dans le monde. Les guerres, les crimes, les mensonges, la faim, la soif, la souffrance, tout cela s’efface quand cette lumière emplit l’espace. C’est elle que les hommes veulent voir.

    J.M.G. Le Clézio,

    L’Inconnu sur la terre, 1978 (extrait)

  • AMOUR AVEUGLE

     "Dancer in the dark" (danse dans le noir) est un drame musical danois, réalisé en l'an 2000 par Lars Von Trier, et interprété entre autres par Björk dans le rôle principal (Selma), Catherine Deneuve (Kathy), David Morse (Bill Houston)...

    J'ai découvert ce film chez des amis il y a une dizaine de jours, mais j'étais incapable d'en parler avant aujourd'hui. Auparavant, seul le film "La Passion" m'avait autant bouleversée. Parce que je ne l'ai pas vécu comme une banale fiction, "Dancer in the dark" m'est entré dans la peau à un tel point qu'il me sert de fil conducteur vers Pâques!

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    L'histoire:

    Selma, 30 ans, immigrée tchèque en Amérique, est une mère célibataire bientôt aveugle, suite à une maladie génétique de laquelle son fils Gene, 12 ans, est atteint aussi...

    La jeune femme travaille dur dans une usine afin de récolter la somme d'argent nécessaire pour l'opération qui devrait sauver la vue de son fils. Elle échappe régulièrement à sa triste et lourde réalité à travers son « day dreaming ». Là, dans une explosion euphorique libératrice (Prozac naturel!), tous les bruits se transforment en un orchestre, et elle devient vedette d’une comédie musicale. Kathy, sa collègue et amie, la soutient beaucoup. 

    Selma consacre son peu de temps libre à sa passion, la comédie musicale, et participe à une adaptation de «La Mélodie du bonheur». Les répétitions sont la seule lumière de sa vie laborieuse. Elle vit modestement et loge dans une petite caravane, propriété d’un couple voisin, Linda et Bill, un policier. Ce dernier veut à tout prix faire croire à son épouse qu’il est riche, alors qu'il en est loin. Un soir, déprimé par ses soucis d'argent, il vient se confier à Selma, qui lui parle alors de sa maladie et lui avoue pourquoi elle travaille comme une forcenée et économise sou par sou.

    Arrive le jour où la banque refuse de faire encore crédit à Bill, qui demande de l'argent à prêter à Selma. Pour un mois, précise-t-il. Mais elle n'accepte pas, car, suite à des manoeuvres maladroites et dangereuses, à cause de sa vue déficiente, elle vient d'être licenciée de son travail, et elle doit très prochainement se rendre avec toute son épargne chez le chirurgien qui doit opérer son fils. Aux abois, Bill passe outre de ce choix, vole les économies de Selma, et accuse à tort la jeune femme de l'avoir volé, lui. Alors qu'elle demande à récupérer son bien, il refuse, et finit par lui demander de le tuer. Désespérée, la paisible et inoffensive femme devient malgré elle meurtrière en quelques secondes! Incapable de prouver son « innocence » par la suite, elle est condamnée à la pendaison. Pour ne pas "gaspiller" la somme réservée à l’opération de son fils, elle refuse les prestations d'un avocat compétent qui pourrait la sauver. La sentence est exécutée. Selma est pendue, mais Gen sera opéré.

    Ma vision:

    Selma incarne les contradictions que l'humain connaît, la principale étant qu'elle aime la vie, et choisit pourtant de la quitter. Cette vie, elle a voulu la donner à un bébé qu'elle tiendrait dans ses bras, tout en étant consciente du risque que cela comportait. Elle a eu Gene, et assume le fait de lui avoir transmis une maladie. Pour lui, elle ira jusqu'au bout du don d'elle -même, afin de lui offrir une existence la plus normale possible. « Ecoute ton coeur ». C’est ce que fait Selma par rapport à son fils, jusqu'au sacrifice de sa propre vie, et Kathy le lui rappelle au moment où elle craque devant l'ultime épreuve à passer.

    Être ou paraître?

    Mal voyante, mais très observatrice, les moindres petits détails ne passent pas inaperçus pour Selma, et déclenchent chez elle des scènes magiques de comédie musicale. Sa cécité est un peu comme un procès des apparences, de l'instabilité et de la superficialité du regard des "bien voyants", qui ne saisit pas la complexité de la réalité, ni la richesse de l'intériorité. L'infirmité progressive de Selma nous rappelle qu'il est urgent de réévaluer nos perceptions. En pédagogue, elle enseigne la didactique de l'attention pour une bonne écoute de la vie, profonde et personnelle. En thérapeute, elle prescrit d'intégrer l'imaginaire dans le monde réel, afin de préserver l'harmonie dans des situations difficiles.

    Chant de l'âme


    podcast

    New World

    Selma est un personnage très attachant, innocent et pur, qui m'a fait penser à une enfant, autant par sa gestuelle que par certains de ses traits de caractères. Sa voix, aux intonations expressives tour à tour insouciantes, envoûtantes, douloureuses, est saisissante, jusqu'à parvenir à traduire le chant de son âme, très angoissée à la fin du film. Le dernier chant a un accent d'outre-tombe presque insoutenable, que je n'ai plus le courage d'écouter jusqu'au bout.

    Pour écouter le chant final, cliquer sur la photo->
    Bjork-Dancer-In-The-Dar-336214.jpgLorsque cette voix se tait d'un coup, son souffle brutalement étouffé sous la pression fatale d'une corde, ma gorge, nouée par l'émotion, réprime des sanglots. Les yeux de Selma sont clos, tandis que les miens baignent dans un flot de larmes silencieuses impossibles à retenir. Des larmes qui rejailliront encore à chaque fois que j'évoquerai le film, jusqu'à plusieurs jours après l'avoir vu.

    Ma conclusion:

    Finalement, celui qui a perdu l'autre pour se sauver s'est perdu, et la victoire de cette histoire revient à celle qui s'est perdue pour sauver l'autre. Se sacrifier soi-même pour autrui est l’ultime sacrifice qui puisse exister. Spontanément, le rapprochement avec le Christ m'est venu à l'esprit, Lui qui a été crucifié pour sauver l’humanité. Selma est l'incarnation du sacrifice: elle accepte la sentence de mort pour sauver son fils. Son expiation permet la rédemption de Gene. Bizarrement, dans une humanité où je pouvais l'accompagner jusqu'à ressentir avec elle la tragique solitude de l'innocente qui accepte d'être exécutée, Selma m'a fait mieux comprendre combien l'épreuve endurée par Jésus au Jardin de Jesthsémané et au Calvaire a été au-delà de toute mesure, dépassant toutes les souffrances de l'humanité. En ce qui concerne le Christ, il ne s'agit pas seulement de la mort d'un innocent qui accepte son injuste condamnation pour garantir la vision à une personne. Jésus a pris sur lui tous les péchés et toutes les souffrances du monde entier.

    « Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous l’avons considéré comme puni, frappé de Dieu et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53:4-5).

     

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