• UN AMOUR VRAI

    Voici un billet qui semble hors-contexte du temps pascal, mais finalement pas tant que ça...

    Un amour vrai...

    Vincent-de-Paul

    Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages. Car, bien souvent, tant d'actes d'amour de Dieu, de complaisance, de bienveillance, et autres semblables affections et pratiques intérieures d'un coeur tendre, quoique très bonnes et très désirables, sont néanmoins très suspectes quand on n'en vient point à la pratique de l'amour effectif. En cela, dit notre Seigneur, mon Père est glorifié, que vous rapportiez beaucoup de fruit. Et c'est à quoi nous devons bien prendre garde, car il y en a plusieurs qui, pour avoir l'extérieur bien composé et l'intérieur bien rempli de grands sentiments de Dieu, s'arrêtent à cela et quand ce vient au fait et qu'ils se trouvent dans les occasions d'agir, ils demeurent court. Ils se flattent de leur imagination échauffée, ils se contentent des doux entretiens qu'ils ont avec Dieu dans l'oraison, ils en parlent même comme des anges, mais au sortir de là, est-il question de travailler pour Dieu, de souffrir, de se mortifier, d'instruire les pauvres, d'aller chercher la brebis égarée, d'aimer qu'il leur manque quelque chose, d'agréer les maladies ou quelqu'autre disgrâce, hélas! Il n'y a plus personne, le courage leur manque.

    Non, non, ne nous y trompons pas : toute notre oeuvre est dans l'action.

    (Saint VINCENT DE PAUL)

  • PESSAH ATTEND PÂQUES

    Aujourd'hui débute la Pessah. Cette fête juive qui durera de ce 29 mars au soir jusqu'au lundi 05 avril, commémore la sortie d'Égypte du peuple hébreu et l'ouverture de la mer Rouge...

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    Notre Pâque chrétienne y puise sans conteste ses racines, mais en accomplissant jusqu'au bout ce qui n'est encore que préfiguré, donc inachevé.

    J'ai trouvé un article intéressant qui fait la distinction entre les deux fêtes. Vous pouvez le lire en cliquant  ICI -> Sel + Lumière

    Bonne Semaine sainte à tous, qui ne soit pas une sorte de reconstitution historique, mais quelques jours de marche intérieure, un bout de chemin personnel avec Dieu fait homme venu sauver l'humanité, des pas décidés et enthousiastes qui préparent à la joie de la Résurrection...


  • DEUX FONT UN

    En cette période proche de Pâques, comment ne pas évoquer mon séjour de l’an dernier à Jérusalem à pareille époque ? D’autant plus que la Pâque juive 2009 s'y fêtait dans le même temps...

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    J’avais depuis longtemps le désir de connaître ce pays où Jésus a vécu et qu’il a parcouru durant sa vie publique.
    Mon voyage se voulait rencontre, et l’a été au-delà de mes espoirs, au point qu’il me semble encore le vivre lorsque j’en parle.
    À travers des personnages, chrétiens, ou appartenant à une autre religion, parfois athées, j'ai rencontré Jésus vivant sur sa terre natale. Normal, en foulant le sol qu'il a lui-même parcouru! Il faut préciser que ceci a été facilité grâce à mes hôtes, avec qui j’ai échangé des conversations profondes, et auprès de qui j’ai trouvé une ambiance très chaleureuse et fraternelle. Ils m’ont permis de vivre des moments forts, en particulier lors des visites à travers le pays, mais aussi de célébrations religieuses. Jérusalem, de laquelle j'avais tant rêvé, Ein Karem, Abu Gosh, Bethanie, Capharnaüm, la Mer Morte, Tibériade, Nazareth, Gethsemani, le Mont des Oliviers, et j'en passe! À travers tous ces lieux symboliques chargés d’histoire, j’ai avancé...

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    Le pays a bien sûr changé, mais c'est encore celui où Jésus a prêché, marché ! Si toute son histoire passe par cette terre, j'ai été invitée à aller au-delà des apparences. Alors que mon cœur aurait dû éclater au saint Sépulcre, c'est ailleurs qu'il s'est ému et que j'ai prié, au hasard des itinéraires et des rues. Et c’est au cours de la procession des Rameaux, en réalisant que non loin de là où nous avançions, Jésus nous a précédés sur la route de la Pâque nouvelle par laquelle, en 'Roi-serviteur', il a libéré l’humanité de l’esclavage du péché, que j’ai ressenti le sens d’une marche en compagnie presque physique de Jésus, tout en étant mêlée à la foule d’aujourd’hui.

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    Cette expérience grandeur nature m’a marquée profondément, dans le sens où je ne peux désormais plus imaginer que l’Ancien et le Nouveau testament soient séparés l’un de l’autre. En fait, il s’agit davantage d’entrer dedans que de les apprendre, de s'y reconnaître, et se laisser enseigner par eux. On ne « saisit » pas la vraie connaissance n'importe comment, on la reçoit, si on se laisse saisir par elle ! On s’aperçoit alors que le Mont Sinaï rejoint le Mont Sion. Le cœur humain n'ayant pas changé, l'homme du XXI ème siècle a les mêmes désirs et les mêmes préoccupations que celui du Moyen Âge et que celui du temps de Jésus, ou même d'Abraham. Il cherche à connaître son origine et sa destinée. Quant à ses besoins les plus profonds, ils sont inchangés: aimer, être aimé, et trouver un sens à sa vie. L'Ancien Testament témoigne de la longue histoire de l'alliance de Dieu avec les hommes, et nous encourage à surmonter les épreuves tout en gardant les yeux fixés sur Jésus-Christ qui, selon les Écritures, accomplit notre foi.

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    Jésus conjugue la liberté divine et la liberté humaine dans une relation vivante avec celui qu'il appelle "Mon père", à qui il nous invite de nous adresser en disant :"Notre Père"(Mtt6:9-13 et Lc. 11:2-4).

    Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes (Mt 22,36-41).

    Par ce commandement nouveau, Jésus réunit les deux Testaments dans la continuité d’un seul message, l’amour. Il est venu pour apporter la paix à toutes les nations !

    L’Amour est au plein centre du christianisme, mais il est aussi le devenir de l’humanité...

     

  • S.D.F. INSOLITES

    Bientôt Pâques! Avant de parler plus sérieusement du sujet, je vais vous présenter les deux S.D.F. qui squattent notre terrain depuis près de deux mois...

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    Nous ignorons d'où elle proviennent, mais elles semblent se plaire dans notre propriété. Tellement bien qu'elle ne réagissent même pas lorsqu'on les approche. Avec un peu de chance, elle seront encore chez nous en début avril. Symboliquement, leur présence sera amusante pour la traditionnelle chasse aux oeufs... qui resteront en chocolat, parce que pour le reste, il ne faudra pas compter sur ces dites pondeuses. Jusqu'à présent, nulle trace de leur production! Mais tout n'est pas perdu...

    Elles apprécient les restes de repas que leur apporte Guy, en bon père nourricier. Pour leur rendre justice, je reconnais qu'en échange de ces délicates attentions, elles grattent vigoureusement le sol, picorent par terre et nous débarrassent de mauvaises herbes, ainsi que d'insectes nuisibles, et leurs crottes fertilisent le terrain.

     

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    Étant donné l'indifférence de notre Maman-Chat à l'égard des envahisseuses ailées, il m'est difficile de comprendre l'expression "Mettre le chat dans les poules". Pas plus qu'elles ne bronchent à sa vue, notre Reine-Mère, celle-là même qui se transforme en fauve cracheur à l'appoche d'un chat sur son territoire, les dédaigne complètement et préfère se retirer en solitaire pour aller s'étirer dans d'autre lieux.

    Y'a sûrement encore un truc de rivalité sous ce comportement. Décidément, les animaux n'y échappent pas non plus...

  • ORDRE RÉTABLI

    La période de huit jours de laquelle j'ai parlé dans mon billet de mercredi, est arrivée à un moment propice, puisque en plein carême...

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    Ça n'a en réalité été solitude qu'en apparence, parce que ça m'a permis de reprendre plus profondément contact avec l'Amour que Dieu me donne. C'est en renouvelant ma relation à Dieu que je renouvelle celle avec mon prochain. L'Amour dont je suis dépositaire me donne plus de capacité à me tourner vers autres en communiquant avec eux dans une véritable communion. 

    Les lectures de ce dimanche donnent le ton: « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! »; « Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 1-11)

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    Lucas Cranach
    Le Christ et la femme adultère
    Musée des Beaux-Arts, Budapest

    Jésus n'est pas venu condamner, mais sauver, pas rejeter, mais inviter à un changement de vie...

    Le 'sans péché' ne commence pas comme les Pharisiens, (pourtant eux-mêmes fragiles et pécheurs), par faire la morale et à procéder à une condamnation sans appel. Il aime cette femme prise en flagrant délit d'adultère qu'on traîne jusqu'à lui, parce qu’il sait qu’elle vaut mieux que ce qu’elle a fait, et il l’encourage à renoncer à ce chemin de mort. En d’autres termes, il ne lui dit pas : « Je t’aime si tu ne commets plus d’adultère ».

    Jésus reconnaît le péché pour ce qu'il est, et le désapprouve, mais la miséricorde qu'il témoigne indique qu'il pardonne la pécheresse. C’est ainsi que, se sachant aimée, cette femme pourra changer de vie, et chacun d'entre nous est concerné à travers elle.

    Un tel Amour libérateur m'encourage bien sûr à vivre en faisant la charité, mais bien plus encore, à vivre en charité. De toute évidence, la loi appliquée par des coeurs de pierre ne passe pas! Il ne s'agit pas de me faire juge de mes semblables, mais d'engager avec eux une relation en profondeur qui puisse les inciter à la conversion à Dieu.

    Souvent nous attendons que l’autre change pour l’aimer, alors que pour changer, l’autre a besoin que nous l’aimions d'abord... 

  • LANGUES À DÉLIER POUR RELIER

     

     

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    En cliquant sur la présentation ci-dessus, vous découvrirez un court film d'animation présentant la langue française

  • SOCIABLE SOLITUDE

    Pour la première fois en 38 ans de mariage, je viens de me retrouver absolument seule à la maison pour une période prolongée, Guy étant en mission à l’étranger pour la durée de huit jours...

    Cette fois, il n'y avait plus Gi ou La à la maison, et ce n'était pas moi qui "délogeais". Ceci m’a permis de confirmer quelque chose que je savais déjà, mais n’avais encore jamais testé aussi pratiquement dans mon cadre de vie quotidien: je suis une grande solitaire très entourée d’amitié et d’amour. Que personne ne rie dans les bancs ! Je vais vous expliquer…

    Tout en aimant beaucoup la compagnie des autres, j'ai aussi appris à vivre avec moi-même, ce qui me permet d’accepter "l’autre" dans sa réalité spécifique sans vouloir le changer. En l'occurrence mon mari est "l’autre" le premier et le plus concerné de mon entourage auprès de qui j'ai évolué. Notre très jeune duo s’est d’abord engagé sur un chemin parsemé de doutes sur ce que nous étions. Nous étions bien d'accord sur le fait que l’amour n’est ni la confusion ni la promiscuité, et que la vie conjugale doit permettre aux époux de continuer à cultiver leur jardin secret, mais il a fallu du temps pour bien l'intégrer dans notre vécu. Peu à peu, la confiance en nous-mêmes s'est affermie, nous rendant de moins en moins dépendants l’un envers l’autre.

    Chacun étant capable de s’assumer, on ne se prend plus en ôtage par besoin personnel. Nous sommes parvenus à une véritable liberté rassurante, celle d'esprit, ouvrant la porte à une communication plus franche, par des partages nourris "dans la vérité de chacun", et nous pouvons facilement vivre séparés sans que l’éloignement n’altère notre relation. Je dirais même que des séparations régulières profitent avantageusement à notre couple, en le recentrant sur l’essentiel de ce qui nous relie. 

     

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    D’une manière générale, mon chemin vers les autres commence par un chemin en moi. Même si mon besoin de communiquer est très grand, les contacts sociaux ne m'apportent pas, et c'est bien normal, tout ce que je dois trouver par moi-même, dans un silence intérieur, pour remplir un "vide d’inachèvement". Je souhaite à chacun de faire l’expérience d’une semblable solitude, car vous l’avez compris, il ne s’agit pas ici d’abandon, ni de repli sur soi.

    La solitude est une tempête de silence qui arrache toutes nos branches mortes (Khalil Gibran)

    Je ne peux en effet me trouver qu'en moi, et en personne d'autre, dans la mesure que nul autre que moi n'est responsable de ce qui m'arrive, ni de la façon dont je dois y faire face! C'est en étant "bien" avec moi-même, c'est-à-dire la plus "une" possible, que je peux être "bien" avec les autres, faisant "un" avec eux selon la dimension où je me trouve. Le fait de prendre du recul, dans une solitude qui reste néanmoins ouverte à tout ce qui peut arriver, m’apporte une compréhension moins superficielle des autres, dans la diversité de ceux que je croise et le respect mutuel de ce que chacun est. Ceci conduit à des relations d'amitié gratuite parce que désintéressées, qui sont de l'ordre de la fraternité.

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    Un clic sur l'image conduit à G. Moustacki, qui chante "ma solitude"

    Malheureusement, mon témoignage n’est pas exhaustif. Force est d’admettre que si la solitude, réalité incontournable à vivre par chacun, est parfois choisie, voire recherchée, elle est souvent vécue comme un manque, un vide injuste, une souffrance.

     « Nous sommes tous seuls à des degrés différents. Cette solitude sera associée au plaisir ou à la souffrance selon le sens qu'on lui donne, selon nos attentes ainsi que selon la richesse des liens que nous établissons avec les gens. Notre capacité de nous relier à l'autre n'est pas une question de distance physique ou de sexe. Il s'agit de notre capacité de comprendre et de déboucher le coeur et l'esprit de l'autre et de nous laissr toucher par lui » (Bruno Fortin- Vaincre la solitude, éd Fidès 1995)

     " Il y a en chacun de vous une solitude qui est ce que vous avez de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est la solitude même de l'Esprit ". "La solitude, c'est un pont entre le monde visible et le monde invisible" (Jacqueline Kelen - L'Esprit de solitude- Albin Michel)

     

     

     

  • ENCORE PLUS HAUT...

     

    Jean Ferrat est mort samedi 13 mars 2010 à l'âge de 79 ans..

    Inutile de retracer sa biographie, que la presse commente de long en large. Pour rendre un dernier hommage à celui qui croyait fermement en la solidarité humaine, vous trouverez quelques clips vidéos via le lien suivant:<http://www.jukebo.fr/jean-ferrat>

     

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    "Aimer à perdre la raison, à ne savoir que dire". Jean Ferrat est resté fidèle à ses engagements durant toute sa carrière.

    Un clic sur le disque donne accès au texte de toutes ses chansons: ->

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    "Pourtant, que la montagne est belle", chantait-il.  Le voici envolé vers un au-delà plus haut encore, où il découvre enfin ce qu'il a cherché pendant toute sa vie...

    "C'est beau la vie, tout ce qui lutte et se bat, tout ce que j'ai failli perdre, pouvoir encore aimer, encore regarder, encore écouter, et surtout encore pouvoir le chanter". On s'en souviendra. Merci, Jean!...

  • BAISER CRÉATEUR

     

    Le ciel, disais-je dans un billet précédent, c’est la rencontre de notre Père, avec une confiance semblable à celle que Jésus lui portait. ..

    Mais c’est aussi un Dieu qui connaît nos fragilités et se réjouit du moindre signe de bonne volonté que nous manifestons pour répondre à son amour.

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    DELAUNE Etienne (~1518 - ~1590)

    Dernièrement, je suis allée à une conférence: "Dieu fait homme". Reprenant mes notes, je lis: "Dans les premiers versets de la Genèse, on voit que Dieu cherche un partenaire dans la ténèbre. Ne le trouvant pas dans la création inanimée, il embrasse la création".

    Le Seigneur Dieu modela l'homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l'haleine de vie, et l'homme devint un être vivant (Gn, 2:7). Adam reçoit ainsi le premier baiser donné par Dieu. La vie de Dieu, l’amour de Dieu, fait qu’un corps qui retournera à la poussière inerte de la terre devient un être vivant, destiné à la Vie éternelle. Cependant, par le péché d’Adam, qui est la distance prise avec Dieu, l’homme a perdu le bon contact avec Dieu.

    Jésus (Ce Fils est lui-même le Dieu véritable et la vie éternelle) est venu pour rétablir l’humanité dans sa relation avec Dieu => (1 Jn, 5:20). Comme Adam, il a reçu le baiser du Père, par le souffle de l'Esprit. Le souffle qui planait sur les eaux des origines => (Gn. 1, 2) est l’Esprit de Dieu par qui Jésus est conçu. La généalogie de Jésus souligne la continuité de l’histoire qui conduit au Sauveur « fils de David, fils d’Abraham »... Or, Jésus déclare qu'il est dans le Père et que le Père est en lui. Par la naissance de Jésus, parfait homme et parfait Dieu dans l’unité de sa personne, l’histoire de la création recommence, se résume et s’accomplit. Le récit biblique de la chute ne s'achève pas sur l'annonce d'un châtiment et sur une malédiction, mais sur une promesse de salut!

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    Le fils progigue - ARCABAS

    "Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. »
    Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains"(Mc, 10:15-16)
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    Le baiser représente le premier signe de la manifestation d’amour des parents envers un nouveau-né. En le couvrant de baisers, ses parents l'accueillent dans leur famille, et lui expriment qu'il est unique pour eux, sans conditions, même s’il a déjà des frères et sœurs, sans le comparer à eux.

    Le récit de ce dimanche, du fils prodigue (Lc 15 : 11-32), révèle l’amour infini, la puissance de vie manifestée par le père au retour du fils prodigue. :« Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa ». La joie débordante de ce père est le signe d'un amour purement gratuit, que nous sommes appelés à découvrir si nous nous reconnaissons ses enfants. 

    Quand Jésus m’embrasse, son baiser me transmet le même amour que celui qui lui est donné par le Père. Ce baiser n'est pas l'union de deux bouches, mais celle de deux souffles qui communient dans l'Esprit qui donne la Vie. 

    La parabole de ce jour montre que l'Évangile est une source inépuisable qui interpelle, tant pour la réflexion que pour l'agir. Le souffle de Dieu est prêt à pénétrer tous les coeurs, et n'attend qu'à être désiré, sans autre condition. C'est le Baiser de l'Amour qui pardonne, qui recrée.

    La miséricorde du père de l'enfant prodique s'adresse à nous aussi, tel que nous sommes, dans notre existence d'aujourd'hui, avec nos souffrances, nos péchés, nos joies, et c'est la meilleure nouvelle que nous puissions avoir...


     

  • LA NORMALITÉ DE L'A-NORMALITÉ

    La norme, en tant que telle, ne signale que des pratiques courantes et majoritaires, le plus souvent considérées comme règles à suivre...

    Est-ce à dire que ce qui est hors normes, a-normal, donc anormal pour utiliser le terme précis, est systématiquement suspect, inadapté, méprisable, mauvais, dangereux, coupable, ou pathologique? Je préfère parler d'étrange, inhabituel, de différent, surprenant, rare, particulier, intéressant...

    La normalité en elle-même ne veut pas dire grand chose. Elle est toujours définie par rapport à un référent qui est lui-même variable selon les époques, les cultures...

    * Est-ce normal d'être différent ? questionna l'enfant d'éléphant.

    * Que dis-tu, enfant d'éléphant ? barrit le chef des éléphants.

    * Rien ! Je ne dis rien ! recula l'enfant d'éléphant.

    * C'est louche de n'être pas comme tout le monde ! gloussa le dindon.

    * C'est dangereux de n'être pas comme tout le monde ! dit le canard impassible.

    * C'est dangereux pour lui ! plaignit la petite poule rousse.

    * C'est surtout dangereux pour nous ! grogna le cochon.

    * Nous ferions bien de nous méfier de lui ! aboya le petit roquet.

    * Nous ferions mieux de le chasser tout de suite ! hurla à la mort le gros chien jaune.

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    Normalité

    Une norme, une règle de vie entre en vigueur dans une société, quand elle est acceptée par la majorité, ou imposée par la force d'un pouvoir, devenant la loi du plus grand nombre. Quand commence-t-on à être fiché anormal? L’anormal se définirait par opposition à la normale, autrement dit en conformité au type le plus fréquent, ce qui renvoie à une notion quantitative et statistique.

     "La raison du plus fort est toujours la meilleure", dit La Fontaine dans "le Loup et l'Agneau"..

    Pour exemple, dans un domaine assez neutre, en tant que gauchère, je fais partie d’une minorité, et me range donc dans la catégorie des a-normaux, par rapport à la majorité des droitiers. Étant petite, on me parlait de présenter "la belle main", la droite, comme si la gauche, que je tendais spontanément, avait été maudite ou impure. Avant mon entrée en première année primaire, papa, craignant des méthodes fortes à l’école, m’a préparée en douceur à utiliser la main droite pour écrire, la seule chose pour laquelle je suis devenue droitière! À l'école d'infirmières, ceci m'a valu qu'une monitrice de nursing ait refusé de travailler avec moi pendant les stages, (il fallait inverser toute la technique, question de tenir les pinces, disposer les tampns, compresses, ustensiles et instruments, etc... sur le champs de travail)….

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    Mais au-delà de questions pratiques dont les conséquences restent encore bénignes pour ceux qui sont mis en cause, de nombreuses autres personnes vivent un véritable calvaire, déclarées indignes parce que sanctionnées par des critères qualitatifs, plus moraux, où l’on fait référence à une ou des règles qui déterminent « ce qui doit être ». Les gens qui n'agissent pas selon ces convenances mettent en crise la « réalité » quotidienne, considérée comme étant la mesure acceptable. La normalité peut alors sous-entendre l’anormalité jusqu’à l'exclusion des « coupables ». Or, on porte facilement un jugement d’anormalité sur « un autre » qui ne voit pas où réside le problème que l’on épingle, se sent en général très normal, et continuerait à bien se porter s’il n’y avait le regard désaprobateur et l’appréciation négative de l’entourage.

    Puisque, par voie de conséquence, personne ne peut vraiment définir la normalité, cela devrait aboutir à plus de tolérance. Mais il est assez curieux de constater que la tolérance prônée par bon nombre… reste très sélective! La sélection provient paradoxalement autant des marginalisés qui, revendiquant la reconnaissance de la spécificité par laquelle ils sont pénalisés, créent leurs propres lobbies. Le danger est que le repli sur une seule dimension de l'identité de la personne (pourtant plurielle, et sans cesse mouvante!) soit un obstacle à la compréhension de soi, donc d’autrui, et devienne  une "identité mortifère". 

    Ce qui mérite l’attention, selon moi, c’est la souffrance que peut engendrer le fait de s’écarter d’une ligne supposée être la normalité. Celui qui, à son sens, mais influencé par le poids accusateur d’avis extérieurs, atteint sa limite de transgression jusqu’à l’inavouable, en arrive à ne plus se supporter, à ne plus pouvoir gérer sa vie, à ne plus croire en lui, et s’auto-exclut en tout ou en partie de la société. Il a besoin de sentir se poser sur lui un regard qui exprime que l’on demeure en accord avec lui, de manière à ce qu’il se sente rassuré et autorisé à se réconcilier avec lui.

    Ne jamais projeter et rester perpétuellement objective est certes impossible, toutefois, je m‘y emploie en ne jugeant pas moralement les gens, et mon jugement n’intervient que si je me retrouve face à quelqu’un qui met autrui en danger. Tout ceci pour vous dire que la norme ne m’intéresse pas particulièrement d'un point de vue accueil de l’autre.

    Lorsque je me souviens que Dieu est proche de tous les hommes, j'ouvre un espace où Il peut intervenir. Il est capable de déployer des alternatives insoupçonnées qui viennent bouleverser toutes les données humaines. Le fait de partager l'expérience de mes découvertes avec d'autres, qui me parlent aussi d'eux-mêmes, m'enrichit sans cesse. Nos idendités se rencontrent en un "nous inclusif". Voilà pourquoi, quelles que soient mes normes personnelles, je peux me montrer conciliante, c'est-à-dire ouverte, avec la majorité des personnes que je côtoie...