• DÉSERT


    En dévoilant des passages d'un livre intitulé :"Un homme, la nuit", de Benoît Lobet qui, parmi quelques fonctions ecclésiales, est notamment prêtre au diocèse de Tournai, Ephrem m'a mis l'eau à la bouche...

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    J'y ai bu la semaine dernière, profitant d'une pause en semi-solitaire en France, et mon intention est de le relire plus lentement. Sans plus attendre, je vous en propose cependant un passage, différent de ceux édités par Ephrem,  "Solitude et présence", qui parle du désert, cette solitude "qui n'est pas exactement solitude, mais plutôt l'espace partagé d'une présence - de la Présence. (...) Elle suppose le recueillement". (p 61-> 64)...

    "Le désert est d'abord un lieu du coeur. C'est là que le Peuple de l'Alliance fit l'expérience de l'Unique, arraché à l'esclavage égyptien, errant pendant des années, fatigué par le manque de tout et regrettant bien vite le confort de la servitude (ah! les marmites de viande!), querellant Dieu, le boudant, lui préférant l'idole façonnée de leurs mains.

    (...) Celui qui part au désert, il entraîne avec lui tout un peuple invisible, la foule de ceux pour lesquels il prie dans la solitude de son coeur. Car tous les hommes portent en eux l'aspiration informulée de la prière, par laquelle une issue se montrera à travers la ténèbre de leur nuit. Celui qui prie au désert, il intecède non pas à partir de ses capacités personnelles, de son imagination, de sa mémoire ou de sa méditation, mais du creux de son manque. Car quiconque s'aventue en ce lieu découvre vite combien il est mal préparé à pareil voyage, pour lequel n'existent ni carte, ni boussole, ni GPS! On se perd en soi, on risque la défaillance et peut-être la mort par la soif et la faim, on se désole de son aridité: là est autrui.

    Marie Noël osera dire dans ses Notes intimes, que ce fut pour elle le seul vrai voyage de sa vie, cette descente aux profondeurs d'elle-même, mais dont elle revint "chargée de destinée humaine". À découvrir nos failles, nous pressentons en effet celles de l'humanité entière, plus même, nous les ressentons.(...)" 

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    Selon moi, l'intériorité passe par la solitude, voire l’isolement, qui précède la communion. On peut dire qu'elle est la voie commune qui rassemble tous les hommes de bonne volonté. Avant de rencontrer les autres comme des frères, il faut d'abord devenir soi-même "l'homme nouveau". Seuls ceux qui consentent au dénuement, à la nudité, au vide, au détachement suprême à l’égard d'eux-mêmes, y parviennent. Pour ce faire, il est indispensable que soient revues, purifiées, les fausses notions dont on a été pétri par l'éducation et la culture, ou acquises par soi-même. C'est le passage de l'esclavage vers la liberté, quil n'est possible que pour l’homme privé de tout bagage dans ses mains et dans sa tête.

    Selon lamartine, le désert est le paradoxe du silence qui s'adresse à l'esprit humain (Israël). C'est l'antithèse de Babel, de ces langages humains qui ne génèrent que le doute. Pour lui, le désert est à la fois "l'éternité, la puissance et l'espace", autrement dit le langage d'un Dieu que les langues humaine ne peuvent appréhender.

    Ainsi, dans son silence et dans sa solitude,
    Le désert me parlait mieux que la multitude.
    O désert ! ô grand vide où l’écho vient du ciel !
    Parle à l’esprit humain, cet immense Israël !
    Et moi, puissé-je, au bout de l’uniforme plaine
    Où j’ai suivi longtemps la caravane humaine,
    Sans trouver dans le sable élevé sur ses pas
    Celui qui l’enveloppe et qu’elle ne voit pas,
    Puissé-je, avant le soir, las des Babels du doute,
    Laisser mes compagnons serpenter dans leur route,
    M’asseoir au puits de Job, le front dans mes deux mains,
    Fermer enfin l’oreille à tous verbes humains,
    Dans ce morne désert converser face â face
    Avec l’éternité, la puissance et l’espace :
    Trois prophètes muets, silences pleins de foi,
    Qui ne sont pas tes noms, Seigneur ! mais qui sont toi...
    Lamartine, Oeuvres Complètes, 1843.

    " Ma Parole, comme un marteau, fait voler en éclats les rochers", dit l’Éternel à Jérémie...
      

  • ESCALADE

    Comme moi, vous aimerez peut-être l’histoire de saint Antoine qui demande à Dieu de l’aider à comprendre son amour...

    Dieu l’invite alors à venir le rejoindre sur le haut de la montagne. Saint Antoine se met en marche; il grimpe dans la montagne pour rejoindre Dieu tout en haut. Dieu le voit monter. Notre saint tombe sur les roches, se relève, reprend son escalade. La fatigue le gagne. Il se repose, avant de reprendre l’ascension. Il redémarre, tombe, recule. Épuisé, il se tourne vers Dieu et lui dit : « Je n’y arriverai pas ». Dieu lui répond : « Ce qui est important, ce n’est pas le fait de tomber. Ce qui compte, c’est de te relever et de continuer à avancer vers moi. Je suis avec toi pour te donner toutes les forces dont tu as besoin ». 

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    Rien n'est hasard, et c'est bien évidemment le décès de Ma. qui me fait évoquer ceci. Elle a porté vaillammant la croix qui lui était confiée. Alternant entre le bonheur, la peine, l'espérance, et la désolation, sa vie n'a eu de sens que si elle a pu remettre son esprit entre les mains de Dieu au bout du chemin, avec  les craintes, les soucis, les désirs, qu'il contenait. Je ne doute pas qu'Il lui ait alors offert une nouvelle Vie, en harmonie avec Lui. Je crois en une nouvelle naissance, qui fait que Ma. est plus vivante que jamais.

    "Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi'. (1Co, 15-14)

    Nous avons tous rendez-vous avec l’amour de Dieu, et Jésus nous donne le modèle de sa mesure. Il a accepté une vie comme la nôtre, parsemée d'embûches, jusqu'à la Passion du chemin de Croix, pour nous donner la force d’aimer comme Lui jusqu'à la Résurrection, et pas pour réussir à tout prix des prouesses...


  • ELLE DORT

    Le deuxième récit de l'Évangile de ce dimanche (Mc, 5: 21-43) relate la guérison de la fille de Jaïre...

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    En arrivant près de la maison du chef de la synagogue, Jésus mesure le trouble des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. »

    Lorsque la mort semble évidente, il ne faut désespérer ni de soi, ni de personne. Et lorsqu'il est vain de compter sur les interventions humaines, Jésus peut agir. Au-delà des apparences, sans juger, il intervient dans le don d'une réalité éternelle.

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    Jésus est là, et la mort recule!

    Lorsque la vie et la mort se rencontrent dans un face à face, il nous saisit la main et nous apprend à ne pas mourir, à rester vivants! Son geste dépasse l'aspect corporel. Pleinement humain, Jésus montre de la compassion, il "souffre avec" ceux qui souffrent. Pleinement Dieu, il fait participer à sa divinité ceux qui croient en lui. La résurrection spirituelle, c'est Dieu qui se manifeste en nous. Un Dieu miséricordieux, empli de tendresse et d'Amour face à nos souffrances, et qui nous donne sa Vie...


  • PASSAGE

    Ma., l'amie de qui j'ai parlé dernièrement, et qui était en soins palliatifs, est décédée hier...

    Elle s'est éteinte paisiblement, après que son mari et son fils aient eu le temps de lui redire combien ils l'aimaient et se savaient aimés par elle. Tout est bien...

     

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    Les Fleurs, l'amour, la vie..

    L’amour est don, et la vie est amour. Donc, la vie est don. La méthode en est simple : offrir ce que je souhaite recevoir.

    Comme tous les humains, Ma. était travaillée par un désir d’amour infini. Mais le monde n'est pas le paradis. Nul n'a jamais autour de lui tout ce dont il rêve de trouver. Nous avons souvent parlé ensemble de cet amour sans limite, que chacun possède au plus intime de soi et ne cesse généralement de chercher là où il n'est pas! Ma. s'efforçait à ne plus l'attendre des autres, et à se contenter de le prodiguer autour d'elle.

    Les humains devraient fonctionner comme les fleurs et les insectes. Ils devraient échanger leurs joies et leurs services, s'offrant les uns aux autres la nourriture la plus délicate possible, celle qui répond à leur appétit, et s'aidant ainsi mutuellement à accomplir leur devoir de fécondation.

    Lorsque l'on s'attache à un ami, on lui prodigue les soins et l'attention qui sont le ciment de l amour véritable. Cet amour s'ouvre comme une fleur, étale ses richesses innombrables, continue de s'étendre et de s'embellir en de minuscules détails.

    Le résultat de cet amour oblatif, c'est le fruit, c'est la chute, c'est la mort de la fleur...

  • ABANDON

    Suite du billet d'hier, vu du bout de ma lorgnette...

    Pour l'insoumise que je suis, qui a "du tempérament", il n'est pas si simple que ça de parvenir à l'abandon. Néanmoins, à force d'avoir été confrontée à des situations difficiles, j'ai compris que ce n'est jamais que lorsque je lâche prise que, subitement, les choses s'arrangent.

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    Je n'ai pas découvert une recette qui m'apporte des solutions-miracles du genre obtenir une guérison que je demanderais, ni trouver une explication de l'origine de la souffrance. Mais j'ai compris que ce que je confie ne peut porter du fruit que lorsque je renonce à ma propre volonté et accepte celle de Dieu. Le temps d'attente est variable selon ma rapidité ou ma lenteur à "déléguer" Dieu.

    Concrètement, "mourir à soi-même", ainsi que nous le répétons souvent chez les Focolari, n'a rien de doloriste, ni de résignation, mais signifie plutôt être prêt à renoncer à sa fierté pour reconnaître ses faiblesses, pour demander de l'aide, pour pardonner à ceux qui nous ont fait mal. Pour être déliés de ce qui opresse et se sentir libres...

  • LÂCHER-PRISE

    Lâcher prise... pour apprendre à être heureux!

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    Lâcher prise c’est renoncer à tout contrôler, à vouloir le bien de l’autre, c’est renoncer à prouver quoi que ce soit, c’est accepter que l’autre et que moi-même, je suis ce que je suis et non pas qui j’ai rêvé d’être.

    Lâcher prise, c’est faire confiance, c’est signer un chèque en blanc sur l’avenir, sur cette vie et sur ce qui lui fait suite.

    Lâcher prise, c’est cesser de faire le procès de cette vie qui ne nous donne pas ce que nous en attendions.

    En fait, lâcher prise, c’est commencer à être vraiment heureux car, le bonheur, c’est comme un sillage, il suit fidèlement celui qui ne le poursuit pas.

    Si l’on s’arrête pour le contempler, pour le saisir, il s’évanouit aussitôt.

    À partir du moment où l’on peut lâcher prise, où l’on ne désire plus être heureux à tout prix, on découvre que le bonheur, c’est cette capacité de garder les mains ouvertes plutôt qu’agrippées à ce que nous croyons nous être indispensable.

    R. Poletti

  • LA CHAÎNE ET LE PEIGNE



    Il y avait une fois, en quelque lieu du monde, deux époux dont l’amour n’avait cessé de grandir au creux de leur chaumière, depuis le jour de leur mariage...

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    Ils étaient très pauvres et chacun d’eux savait que l’autre portait en son coeur un désir inassouvi ; lui avait une montre en or pour laquelle il ambitionnait secrètement d’acheter un jour une chaîne du même métal précieux. Elle avait de grands et beaux cheveux, et rêvait d’un peigne de nacre pour les serrer sur sa nuque.

    Avec les années qui passaient, lui en était venu à penser au peigne plus qu’à la chaîne de montre, cependant qu’elle oubliait la nacre en cherchant comment acheter la chaîne rutilante. Depuis longtemps ils n’en parlaient plus, mais leur esprit secrètement nourrissait le projet impossible. Au matin de leurs noces d’or, le mari eut la stupeur de voir son épouse avancer vers lui les cheveux coupés !

    "Qu’as-tu fait mon amie ?"

    Elle ouvrit alors ses mains dans lesquelles brillait la chaîne d’or : "je les ai vendus pour acheter la chaîne qui accompagnerait ta montre.

    Ma pauvre amie, s’écria-t-il en ouvrant ses propres mains dans lesquelles resplendissait la nacre, j’ai vendu la montre pour t’acheter le peigne !"

    Et de tomber dans les bras l’un de l’autre, dépouillés de tout, riches de leur seul amour...

    Par Gérard Bessière

  • CHOSES VRAIES


     (Extrait de la préface écrite par par G. Sand à l'intention des lecteurs de "la Mare au Diable")

    ” Non, nous n'avons plus affaire à la mort, mais à la vie. Nous ne croyons plus ni au néant de la tombe, ni au salut acheté par un renoncement forcé; nous voulons que la vie soit bonne, parce que nous voulons qu'elle soit féconde. Il faut que Lazare quitte son fumier, afin que le pauvre ne se réjouisse plus de la mort du riche. Il faut que tous soient heureux, afin que le bonheur de quelques-uns  ne soit pas criminel et maudit de Dieu. Il faut que le laboureur en semant son blé, sache qu'il travaille à l'oeuvre de vie, et non qu'il se réjouisse de ce que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse. Dieu ne l'a destiné ni à punir, ni à dédommager de la vie; car il a béni la vie, et la tombe ne doit pas être un refuge où il soit permis d'envoyer ceux qu'on ne veut pas rendre heureux."

     

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    Encore George Sand, cette fois dans une lettre adressée à Alexandre Dumas

    Lasse de creuser les autres et moi-même, j'ai dit un beau matin : tout ce que nous croyons plein d'importance est si fugitif que ce n'est pas la peine d'y penser. Il n'y a dans la vie que deux ou trois choses vraies et sérieuses, et ces choses là, si claires et si faciles, sont précisément celles que j'ai ignorées et dédaignées, méa culpa. Mais j'ai été punie de ma bêtise, j'ai souffert autant qu'on peut souffrir, je dois être pardonnée. Faisons la paix avec le bon Dieu. Si j'avais eu l'orgueil incurable, c'était fait de moi, mais j'avais ce que vous avez, j'avais la notion du bien et du mal, chose devenue très rare en ces temps-ci, et puis je ne m'adorais pas, et je me suis oubliée.


     

     

  • FAIRE, OU FAIRE FAIRE?

    Il était une fois trois individus. Chacun, Quelqu'un, Personne. Un beau jour, une mission importante devait être accomplie...

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    Chacun pensait que Quelqu'un le ferait, et quoique Chacun le put, Presonne ne le fit. Chacun s'en trouva fâché. Parce que c'était la tâche de Chacun, et maintenant que Personne ne l'avait fait. Chacun aurait pu penser que Quelqu'un aurait pu le faire!

    À la fin, Chacun accusa Quelqu'un parce que personne ne faisait ce que Chacun aurait pu faire.

    Moralité:

    Sans vouloir s'en prendre à Tout le monde,

    Il serait bon que Chacun fasse ce qu'il doit

    Sans nourrir l'espoir

    Que quelqu'un le fera à sa place.

    Car l'expérience montre que

    Là où attend Quelqu'un,

    Il n'y a jamais Personne!...


  • RETOUR EN ISRAËL

    J'avais annoncé que je reviendrais sur le sujet...

    Passer, ne fût-ce que quinze jours, sur la terre que Jésus a parcourue ne m'a pas laissée spirituellement indifférente!

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    Cela m'a enrichie dans la manière de lire la Bible, et de comprendre l'importance de l'Ancien Testament dans lequel Juifs et Chrétiens retrouvent les mêmes racines de leur religion respective. Cependant, quand bien même la lecture juive de l'Écriture est valide, elle ne va pas jusqu’à l'accomplissement pour le chrétien qui relit le même texte à partir du Christ.

    M'être rapprochée du peuple d'Israël m'amène à me poser certaines questions. Quel rôle le peuple juif joue-t-il donc maintenant dans notre histoire, alors qu'il n'a pas reconnu Jésus comme Messie? Ce peuple qui vit sur la terre de Palestine est bien le descendant du peuple Hébreu, choisi par Dieu pour le manifester à l'ensemble du monde. Aujourd'hui, qu'en est-il de cette vocation? Ce n'est pas en un voyage de deux semaines que l'on peut trouver réponse à cela!

    Jérusalem est devenue un symbole pour le Chrétien qui s'interroge, parce qu'elle a été le témoin de la vie et de la mort de Jésus. Mais au-delà, je pense que Israël est un signe à travers lequel c'est surtout Dieu lui-même qui interroge croyants et incroyants.

    Israël est sans conteste un lieu de rencontre des cultures du monde. Il est assez surprenant de voir la
    "mosaïque" de cultures qui constitue le peuple juif. Des anciens de Russie, d'Europe, d'Amérique, d'Ethiopie... N'est-ce pas déjà un témoignage pour le monde que de voir tous ces gens d'origines très diverses cohabiter sur la même terre? Ce n'est bien sûr pas sans tensions, mais quel pays peut absorber facilement, tous les ans, des milliers d'immigrants?
    Les kibboutz sont aussi des lieux de rencontres des cultures.

    Se rencontrer, se reconnaître, c'est déjà faire un pas vers la fraternité. C'est déjà s'aimer comme Jésus l' a enseigné. Aussi, continuons à nous aimer, et laissons Dieu faire le reste...