RIVALITÉ MIMÉTIQUE

Alors que depuis hier je suis branchée sur le problème de la rivalité mimétique, voici que le texte de la première lecture de la messe de ce jour traite de ce sujet! Encore le hasard ???

Lettre de saint Jacques 3,13-18.Y a-t-il parmi vous un homme de sagesse et d'expérience? Qu'il prouve par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. Mais si vous avez dans le coeur la jalousie amère et l'esprit de rivalité, ne soyez pas, contre toute vérité, pleins d'orgueil et de mensonge. Cette prétendue sagesse ne vient pas de Dieu; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, diabolique.(…)

Papa et maman ont récemment déménagé. Ils sont très bien installés et se préparaient à goûter paisiblement au confort de leur nouvel appartement. C’était sans compter sur des conflits entre certains de leurs enfants. Un triste acharnement envers un de mes frères, qui aurait été privilégié en rachetant la maison que quittaient nos parents! Ma seule participation est de redoubler d’affection . J'essaye de transmettre un message d’espérance et de pardon, face à des démarches peu nobles, mais suscitées par de la souffrance. Mon mari et nos fils sont aussi très solidaires dans ce sens, ce qui met du baume au coeur de mes parents. Pour le reste, je vous épargne les popotes internes à la famille. Bien que je ne sois pas engagée ouvertement dans le conflit, je suis amenée à une réflexion …

La rivalité entre frères et sœurs est normale et universelle. Elle est induite par le rêve d’un amour exclusif. Le frère ou la sœur peut devenir le rival envers qui est nourrie une véritable aversion.

Le premier récit de meurtre dans la Bible est celui d'un frère par son frère aîné (Caïn et Abel). Dans Lc15, la parabole du fils prodigue aborde autrement la question.

À l’origine de la jalousie entre frères et sœurs, il y a le désir profond qu’éprouve chaque enfant d’avoir tout l’amour de ses parents, de manière exclusive. Il redoute tout ce qui pourrait menacer l’essentiel de son bien-être. Ce qui est craint, c ‘est « le moins ». « Si l’autre reçoit davantage des parents, c’est qu’il est estimé à plus, donc que je vaux moins à leurs yeux? Ils me protègent moins, je suis en danger! ». Un processus se met en place. Il est cohérent, tout en étant dévié par un état émotif lié à une fausse perception! Derrière l’objet de la discorde se trouve la volonté de se positionner par rapport au « coupable », qui est à la fois modèle et rival. Le désir ne vient pas de la satisfaction de ce que l’on convoite, mais du désir de l’autre, et par là de ce qu'il possède.

Lorsque ce conflit n'est pas résolu dans l'enfance, les rivaux continuent à rechercher la faveur des parents à l'âge adulte, ou à revendiquer des droits. Les parents ne doivent pas ignorer cette difficile vérité. Ils peuvent aider à la rendre supportable en réaffirmant :"Je t'aime beaucoup, mais je n'aime pas que toi",

Par chance, je n’ai eu que peu d’efforts à fournir pour me protéger de ce poison virulent. Assez rapidement dans l’enfance, j’ai trouvé des pistes qui me permettaient de m’engager dans d’autres logiques. Le tout était dominé par un besoin impérieux d’ « amour par-dessus tout », qui a orienté mon rapport aux autres.

Ma « défense » a été de choisir mes centres d'intérêts et d’adopter un comportement qui me différenciait ou me rapprochait, mais qui évitait absolument la compétition et les comparaisons risquant de m’opposer vainement à quelqu’un.

Les moyens qui m’ont permis de me dégager du problème de la rivalité se perpétuent pour résoudre des différends dans ma vie d'adulte. Tout au long de l’existence, il me faut continuellement intégrer une foule de renoncements et de deuils, pour sauvegarder l’ harmonie désirée. J'accepte le combat dans le sens du rapport de force, lorsqu'il est d'absolue nécessité, et le plus souvent pour défendre autrui.

Bien avancée dans la deuxième moitié de ma vie, je recherche mes racines profondes, au lieu de les fuir.

Un regard vers le passé me permet de voir l'héritage qui m'est légué. Le seul qui me soit indispensable. Mes parents ont été modelés par leur histoire, qui m’a en partie modelée … Il y a belle lurette que j’ai abandonné l’illusion par rapport à leur perfection. Ils m'inspirent, mais je ne me calque pas sur eux, pas plus que sur quiconque. J’ai appris à me connecter avec eux et à la plupart des gens que je côtoie. Imparfaitement, mais étant en très bon terme avec la majorité d’entre eux .

Mes amitiés n’échappent sans doute pas à ces imparfaites connexions! Malgré tout, elles sont plus fortes pour moi que les liens du sang. Probablement parce qu’ils constituent la famille de substitution que je me suis construite, les amis représentent des relations réconfortantes. Ils élargissent ma faculté d'aimer. Ce qui n’est pas pour autant de la dévotion. L’amitié n’occulte pas les fragilités, mais elle les intègre, les accepte (parfois difficilement, j'en conviens), ou aide fraternellement à les surmonter, car elle ne souffre ni concurrence, ni dualité.

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Le philosophe Martin Buber dit que " Tout ce qu'il y a de vrai dans la vie c'est la rencontre d'un MOI et d'un TOI et qu'à travers le TOI, un homme devient JE".

Une part de mes rêves reste encore active, où sécurité infaillible et amour inconditionnel se côtoient (image de la mère idéale?).

Les amis m’ aident à m’ identifier. De plus, en m’ accordant de l’importance, ils m’ encouragent dans la progression. Mes relations choisies, celles qui sont créées dans une véritable amitié, ne sont que partages de goûts, de passions, d’idées, de morceaux de vie. Elles procurent plaisir, secours, confort et mettent à l'abri de la solitude (sauf...) et de la jalousie. L’essentiel m’est offert.

Mes parents, bien lucides de leurs actes, disposent comme ils l’entendent de ce qui leur appartient. Quand bien même ils distribueraient leur avoir de manière inégale, ça me serait indifférent. Je ne manque de rien, sinon de ce qui est inhérent à un travail qui m'appartient. Surtout pas de ce qui devrait ( ?!) me revenir du patrimoine familial.

Pour les plus intéressés, j’ai mis un lien qui permettra d’entrer en contact avec la pensée de René Girard, qui est notamment l’auteur du livre « Le bouc émissaire ».

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