• L'AMITIÉ DANS MA VIE

    Des amis sont venus passer le W.E dernier à la maison. Avec eux, nous partageons une relation profonde. Après leur départ, mes idées ont cheminé sur le thème de notre amitié et aussi celle que je partage avec quelques autres...

    La pure amitié, telle que je la vis avec certains, me met en lien véritable avec l’ami, parce qu’elle se passe dans la réciprocité et dans l’égalité. Cette dimension dans laquelle mon cœur se sent spontanément relié à celui de l’autre est un véritable cadeau.

    Une rencontre n’est pas jamais due à l’effet du hasard. Mais il en est qui provoquent un déclic annonçant que quelque chose se passera par la suite. Ceci est surtout vrai lorsque la logique des choses ne laisse rien prévoir. Mais en dépit de cette intuitition, une réserve protectrice m’inspire de la retenue, car la réciprocité ne va pas de soi. Je ne peux pénétrer dans la bulle de l’autre qu’en y étant invitée, et inversément.

    Il faut se revoir, s’apprécier, apprendre à se connaître, pour progressivement en arriver à se souder. Mûs par nos échanges, nos vérités, aidés par les événements à plus de spontanéité, les liens de l’amitié se consolident au cours du temps..

    « On n’a des chances de trouver son idéal hors de soi qu’après l’avoir autant que possible accompli soi-même” (Maeterlinck)

    Pour que quelqu’un devienne mon ami, il faut que nous possédions en commun la même soif de bouffées de rêve, de divagation, d’émerveillement, associée au même besoin de partages, de reccueillement, de recherche spirituelle.

    L’ami me connaît mieux que tout autre. Sans même que j’aie eu à lui expliquer ce que je suis, il m’a devinée jusque dans les moindres replis. C’est ce qui fait de lui « un autorisé », de qui je ne doute pas des bonnes intentions. Sous ce statut, je lui donne le droit de me dire mes torts, sans remettre en cause les sentiments qui nous lient. Parce qu'il me reçoit comme je suis, le regard d’un tel autre sur moi m’encourage à évoluer, à renouer avec mes sentiments profonds par un retour sans honte à mes racines, à m'accepter.

    Ce que j’éprouve en amitié est la simplicité d’un attachement sincère et désintéressé, qui me rend capable de partager les bons et les mauvais moments, pour quelqu’un de très proche, avec qui il est possible de communiquer directement par l’esprit. Entre soi, le message passe sans parasites, probablement parce que des similitudes nous rassemblent. Demeurant extérieurement bien différents, nous sommes ressemblants dans des domaines essentiels, ceux qui exigent les yeux du coeur.

    L’amitié est une richesse qui se mérite. Elle nous est proposée par la vie, et c’est à nous de la reconnaître, à nous y intéresser, à y croire, à l’accueillir, à l'entretenir et à la protéger.

    “Dans la vie, les jeux sont donnés, mais avec un jeu donné, chacun peut faire une partie différente”. (Goëthe)

    Pour ma part, je suis bien décidée à ne pas abîmer les amitiés qui me sont confiées et à ne pas les laisser abîmer. Mes "intouchables” sont les actionnaires de ce trésor. Je ne tolère aucune attaque blessante à leur encontre. Avec eux, je vis la belle aventure de l’amitié sincère. J’aspire pouvoir la vivre longtemps, intensément, dans la limpidité. C’est un bonheur qui me fait parfois m’exclamer: ”c’est trop beau, je ne parviens pas à y croire!”…

  • LANGUE MATERNELLE, QUE DEVIENS-TU?

    Hier, la conversation nous a amenés à parler de l’enseignement actuel du français dans les écoles, avec les conséquences qui en découlent. Parmi nous figuraient une régente littéraire, une journaliste et un romaniste, des gens bien informés sur le sujet. En « gros », voici ce que nous disions :

    « Une instruction variée et étendue, mais vague et superficielle, rend presque toujours ceux qui l'ont reçue impropres aux fonctions auxquelles ils prétendent accéder, aussi modestes fussent-elles. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit de la langue maternelle, branche tremplin par excellence (le français, en l'occurrence en Wallonie). La tendance actuelle est de privilégier la quantité à la qualité. On survole le plus loin possible en négligeant la profondeur. On ne sait pas lire avec les inflexions de voix convenables, on n'écrit pas correctement, on fait des fautes de grammaire et d'orthographe, et cependant on s'occupe de recherches subtiles et presque savantes sur le mécanisme et la philosophie des langues. Ou aussi, parce que le programme comprend les notions de sciences sociales, on va bientôt prétendre enseigner le droit civil et social ….

    Ces aberrations sont dues à l’oubli de la vocation réelle du Fondamental et du Secondaire."

    II n'y a pas de bonne gestion d'une langue sans maniement de cette langue d'abord. La langue est parole, discours, communication. Sa maîtrise passe par l'habileté de son usage. Dans les classes aujourd'hui ce qui fait la différence dans la réussite scolaire, c'est que les uns ont un point de vue distancié sur la langue et les autres pas.

    Un élève qui pourra entreprendre des études universitaires est un élève pour lequel l'exercice de la métacognition est devenu spontané. Il ne s'agit pas d'apprendre quelque chose pour le retenir mais de savoir comment on l'a appris, avec quelle autre connaissance on peut le mettre en relation, dans quelle autre circonstance on pourrait l'utiliser. Réfléchir sur la langue c'est aussi adopter une attitude scientifique sur un objet particulier.

    Faire de la grammaire, de la conjugaison, de l’orthographe à l'école est donc, de ce fait, particulièrement nécessaire. En orthographe, comme en toute autre discipline, quand on a pour seul objectif d’éviter de faire des fautes, on attache plus d’importance à ce résultat scolaire qu’au savoir faire qui est en jeu. On devrait encourager les élèves à refuser de lire un mot qu’ils ne reconnaissent pas, ou d’écrire sous dictée un mot dont ils ne connaissent pas l’orthographe : un blanc signifiant simplement « Je ne connais pas ce mot, je ne m’en remets pas au hasard, je demande de l’aide. Je consulterai le dictionnaire ou irai revoir les règles »...C’est en forgeant qu’on devient forgeron, et cela est valable pour toutes maîtrises de savoir-faire élémentaire.

    Un prérequis incontournable à la sortie de l’école primaire devrait être celui d'entendre, de lire, de parler et d'écrire en français. Le secondaire a pour mission de continuer la formation, sans reprendre les préliminaires. L’enseignement supérieur devrait accueillir des cerveaux prês à s’emplir, et pas déjà engorgés de savoir inutile… Cela peut paraître élémentaire, et pourtant!...

    Dans l’enseignement supérieur, lors de certains tests d’évaluation, bon nombre de jeunes ne sont pas en mesure de sentir les nuances exprimée dans un discours par des mots tout simples comme : "toutefois, néanmoins, par dérogation à, en principe....". Ils éprouvent souvent du mal à percevoir que si la langue française utilise des mots distincts c'est sans doute pour exprimer des réalités différentes.

    Cela est préoccupant. Il est à craindre qu'une partie appréciable des enseignements magistraux et des supports écrits se perdent pour la bonne raison que si l'un et l'autre pratiquent le français, il advient qu’ils ne parlent pas toujours la même langue. Voilà pourquoi le premier instrument de travail de l'étudiant doit être son dictionnaire de la langue française. La langue est dans toutes les données un instrument essentiel, elle nous sert de véhicule. Elle permet d' apprendre dans tous les domaines et durant toute la vie

  • QU'AI-JE À DONNER?

    "Me préparer à recevoir le monde tel qu' il se présentera à moi", disais-je hier. J'ajoute :"pour contribuer à sa continuelle création"! Après avoir lu récemment du Maurice Zundel (voir"choisir" colonne de droite), ma réflexion se porte sur la manière d'aimer pour mieux me donner ..

    "L'amour est vrai quand il crée le bien des personnes et des communautés, quand il le crée et le donne aux autres", lisais-je dernièrement. L'amour est donc dans le respect de l'autre. Quand on aime, le libre-arbitre (comme liberté de choisir) n'est pas la fin de tout, il ne peut avoir le dernier mot. Aimer, c'est sortir de soi pour rencontrer l'autre. L'amour humain est consécration de l'un à l'autre, c'est avoir l'autre en soi.

    Je doisl dépasser le stade captatif de l'enfant qui a besoin du total dévouement de sa mère pour survivre, afin d'atteindre le stade oblatif, où l'autre est celui auquel je peux me donner véritablement. L’oblatif donne par pur amour de l’autre, sans attendre de retour.

    La communion est le mélange des deux précédents. Tout en donnant sans spéculer, la certitude d’un retour y est présente. La communion c’est la rencontre, l'union, l'échange spontané. Je sors de moi pour aller vers toi ; tu es sorti de toi pour me rejoindre. C’est le don le plus compatible avec la nature humaine. Il permet de passer du moi possessif qui englue dans le trop convenu et pré-emballé, au moi oblatif qui enracine dans l’Amour.

    C’est à moi à chercher la bonne mesure, qui permet de trouver l’équilibre nécessaire pour donner naissance à un monde nouveau. Sans moi, comme sans chacun en particulier, le monde meurt. Il a besoin de ma, de notre participation pour continuer son achèvement.

    Par une nouvelle naissance inlassablement revécue, nous pouvons transformer l’esprit de notre monde, le sculpter aux formes de l’Amour….

  • POSE-MATIN

    C’est du « studio », que j’alimente ce blog. Cette ancienne pièce de jeux des enfants est devenue progressivement ma zone de repli. Dans ces quelques mètres carrés, je refais le monde à ma manière. Mais surtout, chaque matin, je m'y prépare à mieux recevoir le monde tel qu’il viendra à moi!

    C’est à l’aube que je vous écris maintenant, de ce temps suspendu à la naissance du jour, qui me permet de laisser naître un tas de choses dans ma petite tête, pendant que le reste de la maisonnée plane encore au pays des rêves.

    Ne pas consulter la pendule, prendre le temps de me recueillir et d’avoir un face à face avec Dieu… Cette courte tranche de vie n’appartient qu’à moi, puisqu’elle se situe encore dans “mes heures de sommeil”.

    Sans remords de”ne pas faire”, je reste dans la douce tiédeur d’un abandon protecteur. Il me permet de plonger dans les profondeurs, d’organiser ma pensée, mes motivations, de penser à ceux que j’aime.

    Entre ombre et lumière, je flotte dans une atmosphère feutrée. Rien n’y est menaçant.

    Ce lever précoce qui surprend certains est aussi du repos, duquel j’émerge sans forceps, lentement, avec une vraie sensation de bien-être. Au cours d'une sorte de parturition, ce "rêve- veille" est une magnifique mise en forme pour la journée à vivre!

    “Savoir regarder est un art, l’art d’accueillir la vie comme un don”(P. Talec).

    Selon cette belle formule, je me prépare à partir au travail avec le coeur joyeux et les yeux bien ouverts…

  • DEUX PETITES SOURIS CURIEUSES

    Si je m'active avec plaisir sur l'ordinateur, c'est avec l'aide d'une vaillante souris, en rien comparable à celles de l' histoire que voici, dont l'auteur ne m'est pas connu:

    Deux petites souris particulièrement curieuses réussirent à se hisser sur le rebord d'un bidon de lait. Elles se délectaient en léchant les gouttelettes laissées sur le rebord. Soudain, l'une d'elles glissa et tomba dans le bidon. L'autre, surprise, se retrouva à son tour dans le lait.

    Elles nagèrent tant bien que mal toutes les deux. Mais les parois du bidon étaient glissantes et il leur était impossible de sortir de là.

    La première se dit en elle-même: "Il faut que je nage; il faut que je persévère; il faut que je montre aux autres comment je suis persévérante!" Puis, après un certain temps, elle finit par s'épuiser et se dit: "A quoi bon me débattre! Je suis trop fatiguée. D'ailleurs, je n'en sortirai jamais; mieux vaut se laisser couler et en finir tout de suite. Au moins, je ne souffrirai pas longtemps"

    L'autre, au contraire, ne cessait de se dire: "J'ai choisi de vivre. Je veux persévérer jusqu'au bout, car j'ai encore de belle saisons devant moi!". Je sais que je peux nager encore longtemps!"

    Au matin, quand le cultivateur arriva près de son bidon de lait, il découvrit les deux souris. L'une (qui avait renoncé) était noyée, alors que l'autre(qui avait persévéré)... flottait sur un gros morceau de beurre! ...

    Jamais tranquille, avec des souris pareilles! Je préfère la mienne...

    Ceci étant dit, je ne me moque pas, car je suis de temps à autre confrontée au même dilemme que ces deux souris...

  • ORDRE ET RANGEMENT...

    "Avoir une maison bien rangée, cela ne présente a priori aucun intérêt, aux yeux de « mes hommes », mais c’est un facteur essentiel d'intégration sociale qui fait sens pour moi…

    Nous sommes quatre adultes à la maison, et chacun a un mode de relation particulier avec l'ordre ménager. Des ordres menant à désordre...selon ma conception! Bien qu’étant déclarée maniaque par le trio masculin, je pense plutôt échapper aux deux extrêmes, à savoir l’attitude compulsive de celle qui ne peut s'empêcher de passer l'aspirateur deux fois par jour, ce qui cache toujours une terrible angoisse, et celle qui se laisse envahir par un véritable capharnaüm, et qui est en général en proie à de vraies difficultés psychiques.

    Dans cet entre-deux, je gère tant bien que mal le « bazar » récurrent de mon intérieur.

    « Le chaos représente la vie, et l'ordre absolu, la mort"(Mme Rigon). Besoin d'ordre ou tolérance au désordre? Les forces qui me dirigent dans ces directions opposées varient selon les moments de la vie, selon que je suis seule, en couple ou en famille, que des invités sont attendus, selon mes humeurs...

    Pour le psychanalyste Alberto Eiguer, auteur de L'Inconscient de la maison (éd. Dunod, 2004), l'excès de rangement constitue "une tentative de s'assurer que rien n'est désordonné du point de vue moral, à l'aide de rituels souvent très stricts et d'une infinité de contenants" (tiroirs, boîtes, etc.). La tentation inverse étant de "molester cet ordre moral, en laissant libre cours aux affects et aux pulsions inconscientes".

    D'un côté la contrainte et la sécurité, de l'autre l'imprévu et la liberté. Quoi qu'il en soit, je ne pourrai jamais m’ épanouir dans un fouillis. Ne vivant pas seule, je dois me forcer à accepter un intérieur un peu négligé, en ménageant des coins de rangement.

    "Dans l'armoire vit un centre d'ordre qui protège toute la maison contre un désordre sans borne", écrivait le philosophe Gaston Bachelard. Pour me sentir parfaitement à l'aise, j’ai besoin de faire en sorte que l’espace de vie commune soit toujours plaisant. D’abord pour satisfaire mon regard, mais aussi pour qu’il soit prêt à accueillir toute personne qui arriverait à l'improviste.

    L'Accueil, c'est la réception que je fais à quelqu'un. Je lui offre mon « chez moi », la table, voire même le gîte. Au contraire d’une corvée, je considère la mise en ordre comme une sorte d’art, une recherche d’harmonie et d’esthétique. Mais pour le vivre ainsi, il faudrait que je le partage. Or, à cet agrément, j’y goûte seule à la maison.

    La jouissance que j'éprouve est mienne et n'est pas en elle-même communicable, sauf si ceux qui peuvent se joindre à moi y adhèrent dans le même esprit. Peine perdue! Pourtant les « détails » dans les préparatifs, qui ont le don d’irriter mon mari et mes fils, ont à voir avec la sociabilité, parce qu’ils créent déjà des conditions utiles à une bonne ambiance.

    Tout au plus puis-je les inciter à être attentifs aux petites choses que je leur demande. Sans bougonner!!! Cette manière de partager mon « émotion » en ne me démotivant pas, c'est déjà participer...

  • MALICIEUSE KIKI

    Lorsque je transmets l’ adresse de mon blog, un sourire se dessine souvent sur le visage de ceux qui me connaissent. Selon eux, elle prête à penser qu’il s’agit d’une personne «légère». Pas tout à fait moi, ils le savent! Tant pis pour les chercheurs de sensations qui poussent la curiosité à me lire en espérant trouver du croustillant…

    En fait, le surnom m’a été attribué par «les garçons» durant une période qui remonte à une quinzaine d’années d’ici. À cette époque, les fistons cherchaient en quelque sorte à nous totémiser, leur papa et moi. Était-ce pour nous apparenter davantage par un prénom de leur choix, qui n’appartiendrait à personne d’autre qu’à eux et à de rares «autorisés»? La question n’a pas été approfondie, et ni mon mari ni moi n’avons fait opposition à cette pratique. Nous voyions en effet une marque d’affection là où certains, offusqués, interprétaient un manque de respect. Deux ans plus tard, j’ai eu droit à «Boucles d’or»,

    en lien direct avec ma chevelure et pas à trois ours à la maison, qui a aussi duré environ une paire d’années. Puis «Crocki» est né, qui semble désormais définitif et est couramment usité dans l’entourage direct!

    Après ces précisions, l’énigme de mes coordonnées informatiques n’a plus de secret pour vous.

    Hier, alors que je cherchais «Malicieusekiki» sur Google pour une fois creuser la nature du personnage qui semble suggérer des idées coquines, j’y ai puisé des informations absolument honorables : (...) «Kiki est une jeune fille qui possède des pouvoirs de télépathie et de téléportation qui lui permettent de capter les signaux de détresse des gens en difficulté. Avec l'aide se son ami Théo, notre héroïne utilise ses dons pour résoudre des problèmes souvent liés à la pression de la société » (...). Puis je suis tombée sur les paroles d’une chanson (sous la photo de Malicieuse Kiki) de Claude Lombard. Ceux de ma génération se souviennent peut-être qu’elle a représenté la Belgique à un concours eurovision de la chanson.

    Dans l’ensemble, j’avoue reconnaître en cette Malicieuse Kiki des indices me correspondant en suffisance pour avoir guidé le choix de mes fils. Je n’ai pas investigué davantage et me satisfais amplement des renseignements collectés.

    Voici le voile soulevé. Un nouveau centre d’intérêt

    m’a permis de faire un petit clin d’œil à un passé agréable. Chatter me plaît pour partager des choses simples. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Surtout pas lorsque par la suite, en consultant à «Crocki», j’ai constaté que la plupart des ainsi prénommés sont …des chats !!...

  • JE VOUS TROUVE TRÈS BEAU

    Sa femme ayant été récemment électrocutée par une trayeuse électrique défectueuse, un agriculteur se retrouve submergé par le travail et se rend vite compte qu’il ne pourra pas tout assumer seul. La directrice de l’agence matrimoniale dans laquelle il s’adresse comprend que ce veuf, loin d’être étouffé par le chagrin, ne cherche pas l’âme soeur, encore moins une pin-up ou une aventurière, mais bien une femme solide et efficace pour les travaux à la ferme. C’est en Roumanie qu’elle le dirige, et il en revient avec Elena…Sera-t-elle la perle rare ? Cette jeune femme, jolie, débrouillarde, coquette, pétillante, vaillante, a beaucoup d’atouts pour plaire à un homme. Sauf si cet homme d’âge mûr et au physique ingrat est en outre râleur, pingre et rustre au point d’exclure l’affectif au profit de la rentabilité…Aymé accumule tout pour se faire mal aimer. Ce terrien entêté et irrascible n’a que faire du charme et des fantaisies d’Elena, et il compte bien la mettre au pas! Mais la vie en décidera autrement…

    Empli d’humour, de spontanéité, de pudeur, de respect, de tendresse et d’émotion, le film m’ a plu énormément. Bien dosé en action et en sentiments, on ne s’y ennuye pas un instant. Les acteurs principaux, Michel Blanc et Medeea Marinescu incarnent parfaitement leur personnage et sont convaicants par le naturel de leur jeu. Les ambiances récréées reflètent fidèlement l'esprit du milieu rural avec ses douceurs et ses rudesses. Loin d’être un Don Juan, Aymé se révèle finalement un grand monsieur pour qui je tire bien bas mon chapeau .

    Je ne trahis sûrement pas Elena pour conclure à sa place : “je vous trouve très beau, de cette beauté que les ans ne feront qu'embellir...”

    Deux petits conseils avant de terminer : Âmes sensibles qui irez visionner le film, un mouchoir vous sera bien utile! Et vous, les distraits qui actionnerez peut-être la lessiveuse avant de partir, voyez où est votre chat, avant de vous précipiter…

  • ENVIE D'AIMER, OU AIMER D'ENVIE?

    Si je demande à quelqu’un s’il désire aimer, il dira oui.

    Si je lui demande s’il veut souffrir, il dira non.

    Si je lui assure qu’il n’y a pas d’amour sans souffrance, il me déclarera folle à lier.

    Et pourtant…

    Celui qui dit oui à l’amour commence une ascension merveilleuse, mais périlleuse.

    Pour arriver au sommet, il devra se dépouiller de bien des choses, au cours de la montée. Sinon, il court à l’échec.

    En effet…

    L'imagerie mentale est une activité cognitive qui fait exister mentalement un percept absent (théorie du mind's eye : l'oeil de l'esprit).

    Bien souvent, nous aimons des images, des projections de nous-mêmes. Nous n’aimons pas facilement l’autre tel qu’il est, nous le préférerions tel que nous le rêvons. De telles relations sont basées sur des illusions, sur nous, sur les autres, et conduisent droit aux désillusions, à la confusion. On prend souvent pour acquis que tout le monde perçoit le même univers et que, par conséquent, nous sommes tous pareils. Mais chacun en a une perception particulière. Et, dans une large mesure, cette vision du monde détermine l'attitude dans la vie.

    Pourtant...

    “Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais c’est regarder ensemble dans la même direction”, dit St Exupéry.

    Ce que je vois est à l'intérieur de moi. En évitant d’entrer dans un jeu mimétique, j’échappe soit à la dualité qui devient vite rapport de force, ou à la fusion étouffante qui ignore l’altérité, les deux menant à la perdition.

    “L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le Coeur”, dit encore St Exupéry.

    Je le rejoins, après avoir été convaincue par ce que je nomme le “braille de la vie”. Il est mon visuel. Il est tactile par l’intérieur et caresse sans agresser. Il me permet de ressentir chaque aspérité, chaque “accident”, et m'aide à lire les personnes par-delà leurs défauts, de comprendre leur histoire et de les en aimer mieux.

    Je ne suis pas responsable de ce que je vois, je le deviens davantage du comment je vois, et entièrement de ce que j'en fais! Si je me rapproche d'une fleur, et que je concentre mon attention sur elle, soit elle me demeure étrangère ou me devient proche, suivant ma capacité de l'aborder, puis de l'adopter. Il en va de même avec tout. Ce qui m' est extérieur en un premier temps, est de suite interprété selon ce qui est écrit à l'intérieur de moi. En choisissant d'aimer toujours mieux, j'exerce mon regard à une sorte de pré-lecture qui m'apprête à bien recevoir de futures rencontres, jusqu'aux moins plaisantes.

    Sans tricher, et sans honte, je me trouve confrontée à la vérité de l’autre, des autres, et à la mienne. Ce qui me fait découvrir des réalités insoupçonnées, pas toutes agréables, mais qui deviennent plus faciles à accepter. Pour autant qu’ elle soit bien reçue, cette approche permet de mieux communiquer tout en observant les distances qui conviennent.

    Ensemble, on peut alors cheminer et continuer à faire con-naissance...

  • LE PARDON

    « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »

    Qui que nous soyons, le pardon, reçu ou donné, est notre pain quotidien: dans le couple, dans la famille, dans nos communautés religieuses, dans la vie sociale ou politique, etc...

    Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner (au maximum sept fois selon Pierre) . (Matthieu 18, 11-35)

    Jésus répond que ce n'est pas sept fois, mais septante fois sept fois. Cette réponse, hautement symbolique, puisque le chiffre sept représente la plénitude, signifie qu'il faut pardonner tout, toujours et à tous. En Lc 6, 36-38, le sentence qui résume tout est : « Et la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »

    Mais parfois, il faut du temps, beaucoup de temps, pour retrouver la paix en soi-même après avoir reçu telle ou telle blessure...

    Souvent on entend cette réflexion après un conflit: « C'est oublié, n'en parlons plus.» S'il s'agit d'une égratignure bénigne, je peux aisément oublier, d’autant plus si la personne de qui elle vient ne fait pas partie du cercle de mes proches, ni de ceux avec lesquels je suis liée par un engagement moral. Mais il y a des offenses qu'il m’est humainement difficile d'oublier. Comme celle que j’évoquais dans le billet d’hier.

    Il m’a fallu longtemps pour pardonner cette blessure profonde. Cette difficulté provoquait pour moi un tourment lancinant. En un premier temps, je disais pourtant :« je pardonne », alors que je me sentais très blessée. En réalité, je refoulais ma blessure, mais j’étais incapable de vraiment pardonner. Ce verrouillage des sentiments a causé des dégâts de type perte de poids, état nauséeux, allergie et pytiriasis.

    Étape par étape, avec de l’aide, j’ai entrepris un chemin de questionnement :

    - Comment me pardonner à moi-même d'abord, mes limites, mes erreurs « impardonnables », mes tendances ou mes habitudes incorrigibles?

    - Comment tout pardonner, pour ne pas transformer mon coeur de chair en coeur de pierre ?

    - Comment aussi pardonner à Dieu lui-même « comme il me pardonne » ? Comment ne pas lui reprocher de laisser faire le mal ?

    Et j’ai reçu les réponses, dans la mesure où j’acceptais de les entendre…

    Avec le temps est ainsi venu l’oubli, qui a fait disparaître l’offense du champ de ma conscience et de ma volonté, mais non point dans le fond de ma personne. Ne fût-ce que par le fait que j’en sois transformée, ce qui s'est passé n'est pas aboli.

    « La condition du pardon, a dit Paul Ricoeur, c'est la vraie mémoire libérée de la hantise. »

    Il a été dit: « Oeil pour oeil, dent pour dent » et Jésus est venu mettre fin à l'escalade de la vengeance. Le pardon n'a plus de limite: il ne s'arrête plus à sept fois. Refuser le pardon, c'est refuser la santé, la liberté et la paix du coeur. « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ».

    Avec le temps les ressentiments se sont éloignés. Ils sont entrés dans un passé qui ne m’émeut plus. L'offense ne me touche plus. Sans plus frémir, je suis à nouveau capable d’évoquer les personnes qui m'ont fait mal. Leur histoire est devenue étrangère à la mienne. Affectivement, elles me sont devenues indifférentes, mais je les aime comme mon prochain... »

La "Vivencia" est la vie en train de se vivre. La vivance représente plus que la simple expérience d'un phénomène...