Amour

  • PLAISIR

    Nous sommes créés pour le bonheur, et le plaisir participe à l'aptitude d'être heureux...

    Ce billet, sans être une copie, fait écho à un article sur le plaisir que m'a dernièrement demandé un ami pour une revue.

    La recherche du plaisir est une réponse au désir. Ce dernier a pour fonction bien claire de combler un besoin, et c'est lui qui guide nos comportements. L'intensité du plaisir varie selon l’importance du sentiment de besoin (même si c'est un caprice!), et du degré de satisfaction qui en découle. Je me limiterai ici à envisager le plaisir en tant que moyen d'enrichissement personnel et de qualité de vie meilleure pour tous, un plaisir qui n'est pas égoïste et ne rend pas passif. Dans ce cas, la récompense, qui est de nature spirituelle dans le sens large, n’est pas de l’ordre de l’avoir mais de l’être.

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    C’est dans mon corps, lieu de l'expression de "moi", que je ressens du plaisir, que je n’en ressens pas, (ou que je m’interdis d’en ressentir?). Voici quelques questions qui me paraissent fondamentales pour aborder ce vaste domaine:

    - Où est-ce que je puise mon plaisir ?

    - Est-ce que j'agis vraiment en vue du plaisir, le mien, celui des autres, même lorsque je l'affirme?

    - Quels plaisirs est-ce que j’accueille en mon être, dans ma vie ? Sont-ils réellement humanisants ?

    - Le plaisir réside-t-il pour moi dans la possession d’un objet (ou pis, d'un être!) "cher" à mes yeux, et à obtenir "à tout prix", ou est-il paisiblement fécondé par le désir ?

    - Ma recherche de plaisir se fait-elle au détriment de personnes de qui j'use (et abuse?) à mon seul profit, et que je délaisse par la suite?

    - Certains de mes plaisirs sont-ils hypertrophiés, au risque de devenir assuétude?

    Fugitif, le plaisir dit à la fois quelque chose de la plénitude à laquelle nous sommes appelés dans l’Éternité, et en même temps de la finitude de nos expériences terrestres. Comme tout don de Dieu, la vie se reçoit, mais s'apprend aussi. Le temps m'a enseigné que le bonheur n'est pas un hasard, et qu'on ne le trouve pas dans dans la recherche irréfléchie du plaisir. Il convient d'arbitrer vers quel plalsir me tourner, pour que ce qui est immédiat ne devienne pas tourment et ne porte préjudice à personne. Le plaisir durable repose en effet sur un subtil équilibre entre la satisfaction de mes propres besoins et celui des autres, dans une véritable entraide mutuelle où personne ne cherche à exploiter quelqu'un à une fin intéressée.

    Jésus est venu faire connaître Dieu au monde, et a donné l'exemple que la vie n'est parfaitement accomplie qu'en allant jusqu'à l'abandon de soi. C'est, me semble-t-il, dans cette dimension que l'on atteint le plaisir absolu et permanent. Plus de manque, plus de désir, c'est la plénitude. C'est le paradis! Comment y accéder?

    Le monde physique est fait pour que nous en jouissions, mais de notre manière d'appréhender la matérialité dépend notre élévation spirituelle. Pour certains, la recherche frénétique de toujours plus de plaisir jusqu’à l’extase est supposée donner sens à l’existence, alors qu’elle mène hors d’elle, elle emprisonne en conduisant à la dépendance, elle dévitalise le monde en détournant l’homme de sa vocation de co-créateur. Or, Dieu nous a rendus capables de choisir la vie, et d’être féconds. Il nous veut vivants! Il est normal et légitime, de chercher une vie agréable, mais l'idéal est de ne pas garder pour soi le bien-être éprouvé, et de le transformer en capacité d'amour et de créativité qui profite à tous.

    Consciente d'avoir reçu la vie comme un merveilleux cadeau à parachever, ma plus grande source de bonheur est de donner la vie à mon tour, en me risquant à la vulnérabilité jusqu'à "payer" de ma personne pour offrir quelque chose d'agréable aux autres, jusqu'à accepter autant que possible la perte de contrôle de ce qui arrive.

    Mon plus grand plaisir est le couronnement d’un désir qui apprend à patienter, à partager, à pardonner, à renoncer, à espérer, pour me mettre au rythme de l’autre. Pour aimer…